Cadrage : Pour une paix juste

Un vent nouveau souffle sur la région. L’initiative du prince Abdallah d’Arabie saoudite, dont la formulation définitive est en passe d’être finalisée, devrait être avalisée à Beyrouth, et constituer « une initiative arabe officielle », c’est-à-dire un traité de paix collectif avec Israël. Fondé sur le principe de l’échange de la «terre contre la paix », ce document comporte plusieurs points : un retrait total d’Israël des territoires occupés en 1967, palestiniens, syriens et libanais, l’établissement d’un Etat palestinien avec Al-Qods-est pour capitale et un règlement équitable de la question des réfugiés palestiniens conformément à la résolution 194 de l’ONU (adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en décembre 1948). En échange, les pays arabes offrent la fin de l’état de belligérance avec Israël, la garantie de la sécurité des Etats et des peuples de la région, l’établissement de liens de paix. Beyrouth insiste sur une formulation plus incisive du droit au retour, qui garantisse le départ total de quelque 350.000 réfugiés de son territoire.
L’initiative saoudienne a fait l’objet de tractations entre les pays arabes, les modérés ayant insisté pour que l’initiative soit rédigée dans des termes diplomatiques et non menaçants. Dans ces conditions, il serait difficile à Tel-Aviv de justifier son rejet de l’initiative puisque le monde arabe entier se déclare prêt à établir des relations de paix avec ce pays. Et une fois que l’initiative deviendra un plan de paix, il faudra trouver les mécanismes de mise en application, sinon il restera au niveau de la rhétorique. Dans ce cas, il faudra soit s’en remettre aux Nations Unies, soit organiser une conférence internationale, comme celle de Madrid.
Washington ne cache pas sa préférence pour la première option. Même si l’accueil tardif des Américains à cette proposition a renforcé l’idée que Bush allait s’en servir pour calmer la rue arabe, avant de frapper à sa guise l’Irak. Et, pour paraphraser un responsable arabe, si Israël accepte l’initiative, les négociations devront alors commencer au niveau bilatéral et chaque pays arabe se chargera de son dossier et décidera du niveau de ses relations avec Israël. Ce dernier, tout en se gardant bien de rejeter officiellement l’initiative de paix saoudienne, cache à peine son hostilité à ce plan, qui repose sur un retrait total des territoires arabes occupés en 1967, chose que Sharon aura beaucoup de mal à accepter et à faire accepter.
En revanche, les Travaillistes israéliens, et plus particulièrement le chef de la diplomatie Shimon Peres, avaient salué cette initiative selon eux porteuse d’espoir, alors que le conflit israélo-palestinien se trouve dans une sanglante impasse, les Palestiniens continuant, outre l’étouffement économique, de payer quotidiennement un tribut de plus en plus lourd aux chars de l’armée d’occupation israélienne. Lancée comme un ballon d’essai dans un ciel sans espoir, l’initiative saoudienne apparaît comme une chance rare de faire la paix. Mais une paix juste.

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