Cadrage : Précipitation

En cette période de campagne électorale, le commun des électeurs trouve certainement beaucoup de mal à distinguer entre les programmes et discours des différents candidats et formations politiques desquelles ils se réclament.
Que ce soit sur les prospectus de propagande, dans les prestations télévisées, dans les meetings ou encore dans les publications partisanes, les proclamations d’intention, les objectifs, les projets, les solutions prônées sont sensiblement les mêmes. Ils versent quasiment tous dans les généralisations et font feu de tout bois dans l’intention visible de ratisser le plus large possible.
La chose devient plus patente encore lorsqu’il s’agit de formations qui chassent sur les mêmes terres et se positionnent sur le même créneau, comme c’est le cas de Forces citoyennes et de l’Alliance des Libertés. Les deux partis nouvellement créés se proclament tous les deux du discours libéral, et considèrent que le libéralisme est à même de fournir les solutions adéquates qui se posent au Maroc dans tous les domaines, mais surtout en matière économique.
Le credo des promoteurs de ces formations est de renouveler la pratique politique dans le pays, d’insuffler du sang neuf dans le débat national, d’intéresser de nouvelles élites à la chose publique et d’amener divers acteurs de la société civile à s’impliquer davantage dans les affaires publiques. Ce sont certainement des intentions louables et susceptibles de crédibiliser davantage l’engagement politique et de lui insuffler une dynamique dont il a tant besoin.
Mais dans les faits, un certain nombre de remarques s’imposent et relativisent la portée réelle de ces proclamations de principe. D’abord, le timing de création de ces partis qui ont vu le jour juste avant les élections, ce qui ne les différencie guère d’autres créations dans des conditions similaires, par le passé taxées de purement électoralistes et qui montrent désormais de sérieux signes d’essoufflement et de désintégration progressive. Ce sont d’ailleurs ces formations qui fournissent le plus de matière à la chronique des défections et de la transhumance politique qui constituent l’une des tares les plus critiquables de la classe politique nationale. De fait, il suffit d’examiner les listes des candidats des deux formations libérales pour se rendre compte que, pour la plupart, elles ne répondent pas aux critères qui étaient annoncés et qui devaient traduire le souci de renouvellement et de rajeunissement des élites, de donner plus de places aux femmes et aux diverses catégories socio-professionnelles.
D’autre part, dans le choix des têtes de liste, le critère le plus déterminant n’a souvent rien à voir avec les principes proclamés et obéit davantage à des considérations matérielles et clientélistes évidentes.
De sorte qu’il est certainement encore prématuré de se faire une idée sur les véritables apports de ces deux formations en termes de contribution au débat politique et force de proposition traduisible en programmes ou initiatives réalisables. Pour l’instant, on doit se contenter de deux logos, dont le décryptage est d’ailleurs problématique, et de pratiques purement électoralistes qui ne se différencient en rien des canons du genre. Il va falloir attendre les lendemains du scrutin pour juger sur pièce de la viabilité du discours libéral à la marocaine.

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