Cadrage : Serment

Quatre ans après. L’appel fait à Abderrahmane Youssoufi, figure historique du mouvement national et homme de convictions et d’exigences, par le roi le 4 février 1998 s’inscrivait dans un long processus politique et une profonde maturation institutionnelle, qui ne prendra son sens réel et substantiel que dans une mise en perspective du passé dans une continuité intégrant les projections futures nécessaires. Mais, compte tenu de la segmentation épisodique et obligée du temps et des proches échéances politiques, cet anniversaire donne une précieuse opportunité pour faire la part des choses, comme on dit communément, et ajuster le viseur dans l’appréciation de la période actuelle qui, sous sa forme présente, est appelée à s’achever dans quelques mois.
Renouveler, au nom de toutes les sensibilités de la gauche alliées à d’autres forces politiques nationales, un pacte avec la monarchie et consolider les atouts qui garantissent au Maroc la stabilité et la survie en tant que Nation, attachée à ses racines et à son identité, mais également ouverte sur les valeurs universelles et sur la modernité ; tels semblent la teneur et le fondement qui ont scellé le fameux serment contracté entre feu Hassan II et Youssoufi.
La suite, elle est connue de tous. Une succession dans les règles de l’art. Un peuple unanime dans la douleur, mais aussi dans la gravité avec laquelle il allait assumer son destin en apportant son suffrage, via l’expression directe comme au travers des corps représentatifs et coutumiers, à la légitimité. Un chef de gouvernement confirmé dans ses prérogatives et associé à la mise en place des fondamentaux de la transition, conduite par le nouveau règne pour répondre aux exigences de modernisation des instruments de pouvoir. Un débat politique foisonnant, même s’il semble trop responsable pour ceux qui se titillaient les méninges par des fantasmes de grand soir. C’est dans cet enchevêtrement de rendez-vous avec l’histoire et de tâches essentielles, fondatrices de sens et d’usages que la personnalité de Youssoufi prend toute sa dimension. Un véritable rendez-vous avec l’histoire qui relativise beaucoup le discours sur le bilan du gouvernement qu’il dirige, confronté, lui à des controverses, à des critiques en matière de choix d’options économiques. La nécessaire hiérarchisation entre les niveaux d’appréciation des apports de Youssoufi au pays, dans le cadre de la dynamique au service de laquelle il a mis tout son crédit et toute sa stature doit se hisser au niveau des vrais enjeux et des vrais défis que ce personnage a relevés. Les cimes sur lesquelles il semble voltiger se caractérisent notamment par la rareté des profils qui peuvent y naviguer mais aussi par l’immunité qu’elle lui assure contre l’insulte et la médiocrité plate.

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