Cadrage : Stop !

Le dossier des 30 000 emplois fictifs pour lesquels ont postulé des dizaines de milliers de jeunes marocains, trompés par une offre chimérique, continue de soulever des vagues. Des organismes internationaux, des syndicats, des juristes, notamment, multiplient les mises en garde contre les agissements des négriers des temps modernes et contre les abus que des intermédiaires de toutes sortes perpètrent, sans scrupule aucun, notamment dans des pays pauvres. La main d’oeuvre de ces contrées souffre d’inactivité et oublie toute forme de prudence dès qu’on lui fait miroiter l’espoir de l’émigration et du travail à l’étranger. Un excès de naïveté qu’elle paye souvent très cher.
Que des vendeurs de mirages spéculent sur la crédulité des gens et tirent profit de la crise de l’emploi, c’est finalement de bonne guerre pour des officines privées qui saisissent l’opportunité du vide juridique en matière d’intermédiation pour l’emploi pour réaliser des affaires plus ou moins juteuses et tirer leur épingle du jeu.
Mais que ce soit un organisme public, en l’occurrence l’Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi et des Compétences (ANAPEC) qui couvre cette gigantesque opération pour le moins douteuse, on est en droit de se demander si c’est vraiment son rôle? N’est-elle pas en train, par crédulité et excès d’enthousiasme sans doute, de se rendre complice d’une grosse arnaque dont les conséquences, si cela s’avérait être le cas, seront certainement incommensurables ?
Car, cet organisme qui engage l’action et la responsabilité de l’État est censé s’assurer de la légalité des procédures, de la crédibilité des opérateurs et des intervenants, de la moralité des personnes qu’elle prend pour interlocuteurs, des garanties fournies aux candidats à l’émigration, de la conformité des procédures avec les engagements internationaux du Maroc (y compris vis-à-vis des Émirats Arabes Unis auxquels nous sommes liés par une convention bilatérale), des possibilités de recours pour les victimes de mauvais traitements ou de racket, des conditions de rapatriement des ressortissants marocains en cas de non tenue des engagements des employeurs potentiels. Autant d’obligations et de responsabilités que les spécialistes peuvent établir de manière appropriée et mieux que ne peut le faire un simple organe de presse.
Parvenus à ce seuil critique où toutes les turpitudes et les mystifications semblent permises, tout le monde, autour des antennes de l’ANAPEC et partout à travers le Royaume, est tenté de s’assurer sa part du gâteau et de se dire : « Pourquoi An Najat et pas moi ?», les mauvaises conséquences de toutes ces manipulations ne manqueront pas de générer des situations sensibles et qu’on espère contrôlables. Alors, une urgence pour le gouvernement et l’État qui hériteront certainement de ce chaud dossier : il est temps de mettre un terme à cette mascarade et de délimiter les responsabilités des uns et des autres.

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