Cadrage : Tant de haine

Des camions marocains saccagés par dizaines par les pêcheurs andalous sous le regard approbateur des policiers espagnols. Des gros bras molestant, dévalisant en toute impunité des familles entières de MRE en transit vers le Maroc. Une presse qui tire infatigablement à boulets rouges sur le Maroc. Une explosion inouie de racisme à El Ejidio et à Alméria. Des positions particulièrement inamicales à l’égard de la question de l’ intégrité territoriale du Maroc. Et même dans la volée de la psychose du 11 septembre, des insinuations d’officiels sur l’immigration clandestine à partir du Maroc qui pourrait être une source de terrorisme. Comment expliquer une haine aussi profonde des Espagnols à l’égard des Marocains ? Serait-ce le non renouvellement de l’accord de pêche avec l’Union européenne et son concert de mise en chômage de pêcheurs andalous ? Bien léger en regard des compensations prévues par l’Europe et des sauvageries perpétrées en 1999 à El Ejidio. Serait-ce la tomate marocaine «concurrente déloyale» de son alter-ego espagnole ? Ridicule, face à la haine de tout un peuple. Serait-ce alors le retour au devant de la scène de la question des présides occupés Sebta et Melillia ? Dans ce cas, c’est la haine des Marocains qui serait justifiée à l’égard des Espagnols, au moment où tout crie la marocanité des deux villes. Non, rien ne justifie la haine des Espagnols à l’égard des Marocains. Ni les intérêts économiques, ni le contentieux historique, ni même les dizaines de cadavres de clandestins marocains qui échouent sur les côtes andalouses. A moins que ce ne soit une hostilité viscérale, façonnée le long de millénaires au coeur même de l’identité espagnole. Auquel cas tous les efforts seraient vains pour rapprocher affectivement deux peuples que pourtant tout réunit. Et si, tout simplement, la négociation s’avérait un remède contre ce désamour ? Alors il serait peut-être temps que l’Espagne, toute ancrée qu’elle soit à l’Europe, mette en place une véritable politique méditerranéenne. Mais aussi que le Maroc, qui ne peut envisager son avenir autrement qu’au delà du Détroit, institue une doctrine à même d’appréhender ses rapports houleux avec son voisin du nord.

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