Cadrage : Un produit maison

Existe-t-il, encore, sous le ciel, quelqu’un qui pourrait faire pire que Sharon par les temps qui courent ?
Probablement, après Pol Pot, Pinochet, Milosevic et une poignée de dirigeants de républiques bananières, les despotes du genre du Premier ministre israélien, qui appartiennent aux bas étages de l’humanité, deviennent de plus en plus rares.
Dans le cas échéant, il y a lieu de s’interroger sur les espaces à partir desquels, le criminel de Jénine, après avoir été celui de Sabra et Chatila et de tant d’autres lieux dans la région , tire sa force et puise ses ressources militaires et politiques. En d’autres termes, comment les massacres des Palestiniens ont pu se produire sans qu’ils puissent engendrer la colère de la population juive, d’abord, avant de voir comment réagiraient les autres peuples à l’étranger ?
Sans paraphraser le dicton qui dit que chaque peuple n’a que le pouvoir qu’il mérite, il y a lieu d’évoquer la fragilité des structures sociales de l’Etat hébreu. Car, à travers son idéologie sioniste, cette entité, telle qu’elle a été conçue et bâtie, jusqu’à maintenant, ne saurait se métamorphoser, d’un jour à l’autre, en un Etat véritablement démocratique, admettant en son sein la diversité idéologique et le pluralisme confessionnel.
Certes, sur le plan formel, les élections existent et sont organisées selon les règles démocratiques. En outre, le pluralisme politique est partie prenante de la sphère institutionnelle et de la Knesset. Mais ce pluralisme est de plus en plus réduit à son état embryonnaire, d’autant plus qu’il se fragilise au fur et à mesure que les problèmes grandissent et que les questions identitaires resurgissent.
L’acceptation de l’autre se traduit souvent par une stratégie de transformisme politique, qui n’a d’objectif que d’amener les adversaires et les nationalistes palestiniens (musulmans ou chrétiens) à changer de positions et à se transformer en défenseur de la raison d’Etat. Il est, donc, évident que dans des conditions pareilles, la laïcité, en tant que plate-forme coexistence entre les communautés et de cohabitation des religions, ne saurait résister devant la sclérose et le fanatisme des dirigeants politiques. Socialement, cela s’explique par la consécration d’un tiers du budget de l’Etat à l’institution religieuse juive. Et ce, alors que la quotidienneté sociale se distingue par la primauté des comportements laïcs et le triomphe grandissant du mercantilisme économique.
Certes, au vu du haut degré de métissage de sa population et les propositions de paix qui lui ont été faites par les Arabes de la Palestine et des pays voisins et en raison du soutien, dont il dispose sur le plan international, l’Etat d’Israël aurait pu constituer une oasis démocratique dans le Proche-Orient et une véritable technopole régionale. Mais à l’instar de tous les envahisseurs et les forces d’occupation, devant le déclenchement des crises, les flux d’émigration s’accélère, laissant la machine militaire face à sa responsabilité « d’épuration ethnique ». Même l’attachement primitif à la terre et à la propriété n’est pas encore enracinée dans le pays, et ce, alors que la propagande chantant les bienfaits de la terre promise n’a jamais cessé. Ce n’est, donc, nullement une question d’individus, dont il s’agit, mais de tout un système, qui croit encore aux options révolues de la terre brûlée.

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