Cadrage : Valeurs communes

Quand dans un discours d’officiel français, on lit au détour d’une phrase que la France, s’est construite par l’intégration de générations successives d’immigrés, venues le plus souvent combler un déficit de main d’oeuvre, c’est à la fois un sentiment de justice et d’injustice que l’on ressent.
Justice, pour la reconnaissance de l’apport capital de ces « étrangers » à la richesse économique et culturelle de la France. Injustice, face au mépris souvent réservé aujourd’hui à leurs descendants et semblables.
Quand un rapport d’une institution relevant du Premier ministre français, comme la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), pointe une recrudescence des actes et violences à caractère raciste perpétrés contre la communauté maghrébine établie en France, c’est le signe que tout une page de l’histoire de la république, est occultée. Celle qui commence au moins en 1945, quand la France de l’après guerre, meurtrie, s’est tournée vers les bras du Sud de la Méditerranée pour reconstruire ses structures et jeter les bases de son actuel développement.
Mais, quand le même rapport constate qu’une part des actes antisémites enregistrés dans l’hexagone, en régression soit dit en passant, est imputable aux jeunes originaires des quartiers dits sensibles, souvent issus de l’immigration et qui reproduiraient ainsi les exclusions dont ils se sentent eux-mêmes victimes en France, alors le constat amer est que les graines de la haine, semées malencontreusement dans les coeurs, ont commencé à germer.
L’exclusion, la suspicion, la méfiance et l’ostracisme, ne peuvent engendrer que la haine. Dans son état brut et virulent. Qui oppresse les coeurs de jeunes en butte à longueur de journées aux vexations et humiliations. Les pousse aux pires excès. Et alimente en permanence ce cycle de vexations-haine-délinquance.
Le modèle français d’intégration est dans l’impasse. Et on le reconnaît. A-t-on péché par excès de zèle en tentant de se donner bonne conscience à travers une législation spécifique pour les immigrés, sans veiller à lui baliser le chemin vers les esprits des citoyens français ? Ou alors a-t-on baissé les bras, acceptant telle qu’elle est, une certaine «communautérisation» de la société française, en passant à côté de l’objectif plus simple et plus sain «d’une vie en communauté» ? A-t-on essayé d’intégrer en préservant les spécificités ? ou s’est-on laissé aller à tenter d’assimiler, en suscitant des réactions de crispation autour d’identités menacées ?
Probablement un peu de tout cela. Il reste que si le racisme, notamment à l’égard de la communauté maghrébine, évolue imperturbablement à la hausse, se greffant au gré de la conjoncture internationale sur telle ou telle tragédie, c’est que le plus important a été omis. La conviction que les spécificités et les différences, n’ont jamais remis en cause l’unité autour de valeurs communes. Celles-là mêmes pour lesquelles sont tombés tirailleurs sénégalais et goumiers marocains et ont trimé maçons italiens et manoeuvres algériens.

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