Cadrage : Vers le chemin de la modernité

Loin des calculs politiciens, l’événement est important et inscrit le Maroc dans l’aire des temps modernes. Sous la pression des socialistes et du ministre de l’Intérieur, la Chambre des représentants vient de procéder à la révision de certaines dispositions de l’état civil, restés inamovibles depuis 83 ans, dont l’article consacré à la déclaration de la naissance. Ce nouveau projet, qui a été approuvé par 46 voix contre 10, permet aux enfants illégitimes de porter le nom de famille de leurs parents adoptifs. Une mesure, qui a suscité de vives réactions de la part des députés du Parti de la justice et du développement (PJD). Ces derniers ont avancé à ce sujet, que le port, par un enfant adopté, du nom de famille de son parrain, est contraire aux préceptes de l’Islam. En revanche, du côté des défenseurs du nouveau projet, il s’agit d’une mise à niveau du dispositif juridique avec l’environnement international. Une mesure, dit-on, qui confirme que le Maroc a bel et bien franchi un nouveau pas dans le sens de l’humanisation des rapports entre ses citoyens.
Le texte de la Constitution est clair et ne laisse aucune chance à l’interprétation ou à la manipulation. Dans son préambule, il est écrit noir sur blanc, que « Le Royaume du Maroc, Etat musulman souverain (…) conscient de la nécessité d’inscrire son action dans le cadre des organismes internationaux, dont il est un membre actif et dynamique(…) souscrit aux principes, droits et obligations découlant des chartes desdits organismes et réaffirme son attachement aux droits de l’Homme tels qu’ils sont universellement reconnus ». Mais, pour les élus du PJD, cette lecture en appelle une autre, dans la mesure, dit-on, où l’on sacrifie les préceptes de l’Islam sur l’autel de la volonté d’appartenir à la civilisation occidentale. Ce à quoi réplique, le ministre de l’intérieur, Driss Jettou, et le chef du groupe parlementaire de l’USFP, Driss Lachgar, en rappelant le travail accompli en aval au niveau des oulémas, lesquels sont les seuls mandatés, sous l’autorité de SM le Roi, le commandeur des croyants, à faire des fetwas dans ce genre de questions.
Ceci dit, il est impératif de souligner le pluralisme dimensionnel de ce genre de problèmes et d’éviter toute approche réductionniste ou sectaire. Les enfants illégitimes sont nombreux et Dieu sait combien ils souffrent. Quotidiennement, ils sont confrontés à des questions problématiques portant sur l’essence, du genre : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? ». Mais loin d’avoir uniquement une connotation existentielle dans le sens philosophique du terme, il s’agit de questions à la fois sociales, psychologiques et politiques. Car, le pays qui ne protège pas ses enfants et qui les laisse désarmés face à l’humiliation serait appelé à les voir le quitter ou le détruire.
L’ignorance et le rejet sont aussi des armes de violence qu’il faudrait combattre. Certes, les textes de loi ne règlent pas tous les maux de la société, mais constituent, à ne point douter, un prélude au règlement des grands problèmes.

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