Cadrage : Vol au-dessus de la RAM

Apparemment, l’avion de la RAM maintient le cap normalement dans le ciel chargé de l’aviation mondiale depuis les attentats du 11 septembre. Sauf qu’à son bord, le climat et la situation du personnel ne sont pas au beau fixe pour maintenir la stabilité de l’appareil dans ces zones de turbulence. D’autant plus que le fossé s’est élargi entre la cabine de bord et le reste de l’avion pour que le personnel naviguant et les techniciens observent une grève de quarante-huit heures .
Cet ultime recours s’est produit après deux ans de tiraillements larvés entre la direction et les diverses associations du personnel qui n’ont pas cessé de s’accroître. Faute de concessions de part et d’autre, voire par la faute du durcissement des positions des uns et des autres, un climat de méfiance s’est installé entre les deux parties. À tel point que tout acte est assimilé à un chantage et que toute décision est interprétée comme une répression. Dans pareille situation, il est fréquent que les employés en fassent les frais et que des directeurs en fassent trop. La situation n’est pas pour autant inextricable, pour peu que le dialogue prime sur toute autre considération mercantile, revancharde ou personnelle.
L’avenir de la compagnie concerne toutes les composantes du personnel, y compris la direction, qui a en charge d’honorer le contrat-programme qu’elle a signé avec le gouvernement. Mais le respect de cet accord ne peut se réaliser sans l’apport essentiel du personnel avec lequel la direction a signé un protocole d’accord qui est aussi important que le contrat-programme. Or il s’est avéré que la direction de la RAM mise tout sur son contrat avec le gouvernement et oublie son engagement avec son personnel. Voire, et c’est là où le bât blesse, certains des 23 directeurs de la compagnie font tout pour envenimer la situation. Outre les licenciements et les suspensions de certains agents, certains agissements de la direction frisent l’acharnement beaucoup plus que l’application des règlements. C’est un cercle vicieux qui ne peut que détériorer une situation déjà explosive, d’autant plus que le personnel est de plus en plus convaincu qu’il n’existe plus de visibilité pour l’entreprise. L’ensemble des agents est même inquiet de la stratégie tracée par la direction qui, faute de privatisation déclarée, est en voie d’un démantèlement progressif de ses plus importantes structures. Des pans entiers d’activités comme l’entretien technique des avions, la vente à bord, la sécurité et le gardiennage font de plus en plus l’objet de cession, de sous-traitance ou de filialisation.
Face au changement de cap au sol, les inquiétudes du personnel sont légitimes et c’est à la direction de démontrer qu’elles ne sont pas fondées. D’abord par un dialogue franc et responsable qui élude le ton des communiqués et des communiqués contradictoires et qui verse dans le concret. Et le concret prête heureusement à l’optimisme puisque la RAM n’a pas trop souffert de la crise de l’aviation internationale engendrée par les attentats du 11 septembre.
Contrairement à la plupart des compagnies aériennes internationales, la RAM n’a pas enregistré de déficit pendant l’exercice 2000-2001. Mieux encore, la compagnie a amélioré son chiffre d’affaires, maintenu son taux de remplissage et seul le trafic a connu une baisse minime de 1,3 %. C’est dire que tous les ingrédients existent pour trouver un compromis valable entre les revendications des salariés et les potentialités de l’entreprise.

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