Cadrage : Youssoufi, jusqu’au bout

Au premier abord, c’est la sérénité exceptionnelle qu’affiche Abderrahmane Youssoufi qui frappe ses interlocuteurs. L’homme, en ces temps électoraux exaltés, est tranquille comme quelqu’un qui est véritablement en paix avec sa conscience et qui a le sentiment profond du devoir accompli. Rien, dans nos interrogations ne le dérange. Contrairement à son habitude réservée et parfois distante, il se prête au jeu des questions et des réponses avec un plaisir non feint et une évidente volonté d’aller jusqu’au bout de ses idées. L’homme politique expérimenté a pris le pas sur le Premier ministre sommé de défendre un bilan à la veille d’élections législatives capitales.
Le bilan de son gouvernement, il est prêt à l’assumer s’il est l’expression collective du travail d’une coalition solidaire. Pour le reste, les détails précis, il s’en remet à chaque fois au contexte, aux conditions et aux facteurs déterminants qui ont marqué l’action. On se rend rapidement compte qu’il évite de tomber dans le travers des jugements absolus tels qu’ils sont favorisés par la compétition électorale en cours. Pour lui, l’action du gouvernement ne peut être évaluée que si à chaque fois on rappelle avec méticulosité l’environnement dans lequel les décisions ont été prises et les initiatives lancées. D’ailleurs il ne plaide ni la perfection totale ni l’exhaustivité complète. Il dit simplement que quand on a la responsabilité de gérer les affaires publiques on gère, aussi et forcément, les contraintes qui vont avec. Un rappel méthodologique qu’il ne cesse de marteler.
Les conditions dans lesquelles l’alternance a eu lieu. La situation du pays à l’époque. La responsabilité qui incombe à ceux qui ont accepté cette alternance, qu’elle soit d’ailleurs consensuelle ou octroyée. Le fait que la coalition gouvernementale n’a connu aucune défection. Le chantier de la transition démocratique.
Tout cela est visité, reformulé, et mis en perspective par Abderrahmane Youssoufi. Ici, il rappelle un devoir. Là, il met en valeur un contrat moral. Souvent, il met en avant l’héritage. Et petit à petit, il met chacun, avec une sorte de pédagogie patriotique, devant ses responsabilités à l’égard de la nation.
Quand il s’agit du pays, il est clair que le Premier ministre Abderrahmane Youssoufi fait montre, comme à son habitude, d’une exigence et d’une rigueur à toute épreuve. Cet homme, et il le fait savoir, est au coeur d’une transition démocratique qui signe pour les siens la fin de plusieurs décennies d’opposition. Il a accompagné une succession dynastique en assumant ses responsabilités et en faisant vivre au quotidien le pacte d’honneur qui le liait au souverain défunt.
Cet homme-là qui à 78 ans s’apprêterait aujourd’hui à quitter la vie publique, avec le sentiment du devoir accompli, a la sensation légitime de ne pas avoir démérité de la nation. À chaque moment de sa vie et à chaque époque précise que vivait le pays, il a pris les décisions que lui dictaient sa conscience et son sens des responsabilités, jusqu’au bout. Rarement, pour un responsable politique marocain le destin d’un homme ne se recoupe parfaitement avec celui du pays.
Abderrahmane Youssoufi, lui, a réussi ce mariage naturellement au rythme des convulsions d’un pays en construction dans le pire et dans le meilleur. C’est ainsi que l’Histoire, au-delà des vicissitudes de la vie, reconnaît les grands hommes.

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