Casablanca fume sans feu

Si de sources policières, Casablanca n’est pas, contrairement à Marrakech, une plate-forme où les réseaux de cocaïne prospèrent à l’abri, dans les endroits de luxe, en revanche, quelques signaux perceptibles témoignent de la présence de ce commerce presque tabou. Il y a d’abord les fluctuations significatives observées sur le prix. Il s’agit du baromètre le plus éloquent sur la prospérité de ce commerce, puisque la cocaïne, après tout, est une denrée régie par la loi de l’offre et de la demande.
Depuis fin 2003, la dose minimum, le «demi-caillou» est passé de 1500 dirhams à 1000 DH. En revanche pas de trace significative de chlorhydrate de cocaïne dans les endroits huppés de la ville.
La Corniche d’Ain Diab semble avoir rompu avec ce commerce juteux depuis les retentissants scandales ayant conduit à la fin des années 90 et au début de cette décennie, quelques arrestations dont le gérant d’une célèbre boîte de nuit et celui d’un complexe touristique. Bien loin, les périodes de pic de 1985 où au moins six tonnes blanches furent retrouvées larguées dans les plages de Dar Bouazza, transformant occasionnellement certains paisibles habitants en receleurs occasionnels.
Aujourd’hui, les rares dossiers sur la cocaïne sur lesquels travaillent actuellement les brigades anti-stupéfiants et anti-gangs concernent quelques poursuites à l’encontre des consommateurs et non des dealers. Par ailleurs, toutes les pistes d’approvisionnement semblent mener à Marrakech où le procès de 18 individus poursuivis pour trafic et consommation de drogues dures devait s’ouvrir aujourd’hui . La ville ocre supplante désormais les routes classiques qui passaient soit par le Nord, soit par l’aéroport Mohammed V de Casablanca où régulièrement, sont interceptées la coke venant des cartels latino-américains et l’héroïne provenant de l’Asie du Sud-Est. Cette dernière marchandise, bon marché, se propage plus vite et passe souvent par les plates-formes aéroportuaires. En Europe, les lignes aériennes reliant l’Amérique Sud sont particulièrement bien suivies.
D’ailleurs, dans le rapport « La drogue, nouveau désordre mondial », paru il y a quelques années dans les éditions « Hachette Pluriel Intervention », les auteurs du document n’ont pas hésité à mettre dans le compte de la lutte contre les drogues dures », l’interruption de la liaison hebdomadaire Casablanca-Rio de Janeiro !
Dans tous les cas, il reste difficile d’évaluer la situation de ces drogues illicites dans la capitale économique. Y a-t-il vraiment six gros dealers à Casablanca comme l’a écrit un hebdomadaire de la place dans un texte repris illico par le très sérieux Courrier International ? Où sont ces passeurs (mulets) nigérians, nouveaux intermédiaires en passe d’être indépendants ? Qu’en est-il de l’ampleur de cette bourse d’échange qui prend racine en Colombie passe par Casablanca avant de gagner le Vieux continent ?
Une grande partie des réponses à ces questions viendra sûrement des conclusions de l’enquête d’envergure en cours actuellement à Marrakech. Dans la ville ocre, les mis en cause sont souvent des opérateurs hôteliers, des promoteurs immobiliers et des hommes d’affaires.
Pour rappel, l’enquête lancée par le chef de la police judiciaire et le préfet de Marrakech est partie du décès d’une jeune personne par overdose lors de la fête du réveillon dernier. A Casablanca, un décès analogue avait eu lieu avec comme victime, la fille d’un syndicaliste de renom. L’enquête rondement menée et bouclée retomba vite, sans éclaboussures. Et si, comme le précisent des sources bien informées, il n’ y a, dans cette ville «épargnée » que des consommateurs occasionnels, pourquoi alors ne pas remonter la filière, et agir en coupant le commerce à sa source, avant que ne survienne une nouvelle mort d’homme ? Là est tout le mystère.

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