Ce Maroc que l’on trahit

Ce Maroc que l’on trahit

La période de transition que vit le Maroc depuis des années se passe-t-elle dans de bonnes conditions ? Qui dit transition dit passage vers la démocratie et l’État de droit. Normalement, toutes les forces vives du pays doivent agir comme un seul homme chacune à son niveau pour accompagner positivement ce processus d’édification d’un Maroc moderne, ouvert et respectueux des droits humains dans le cadre du respect des lois en vigueur.
Force est de constater que cette dynamique est de plus en plus chahutée par une poignée de nihilistes qui par leurs provocations systématiques cherchent à entraîner une reprise en main qui justifierait a posteriori leurs thèses selon lesquelles la volonté de démocratisation du pays n’est que factice. Mais cette poignée de nihilistes profite des espaces de libertés concrets pour diffamer les institutions et maintenant pour afficher ouvertement leur appartenance au polisario. C’est la dernière dérive en date avec la sortie médiatique au Maroc de ce Ali Salem Tamek qui revendique publiquement son appartenance au “peuple sahraoui“ de Abdelaziz El Marrakchi inféodé au pouvoir algérien.
Emprisonné pour son activisme pro-polisario avant d’être gracié le 7 janvier dernier, cet activiste, né et vivant en terre marocaine qui s’est avisé à renier ainsi sa nationalité marocaine, n’a en principe plus rien à faire dans le Royaume. Du moment qu’il a choisi son camp indépendamment des considérations qui pourraient sous-tendre son choix, il doit s’assumer jusqu’au bout en rejoignant illico presto les siens à Tindouf en Algérie, son “véritable pays“ selon ses dires. Sinon, il encourt le risque d’être refoulé de force. Les traîtres, qui sont passibles des pires châtiments, n’ont pas de place dans la communauté des hommes libres dans n’importe quel pays au monde. Les déclarations hostiles de Tamek repérsentent une insulte à tous les Marocains qui se sont sacrifiés et continuent à le faire pour que le Sahara, territoire marocain, reste dans le giron national.
Plus grave encore, les provocations de ce renégat récidiviste n’ont suscité aucune réaction outrée et indignée ni dans la classe politique, ni dans le gouvernement, ni parmi la société civile. Personne pour crier au scandale. Silence radio. RAS. Tout se passe comme si les paroles de cet ex-petit employé de commune d’Assa Zag n’étaient pas suffisamment dangereuses pour mériter une condamnation énergiquement unanime. Et pourtant, il s’agit d’un précédent gravissime qui risque de faire des émules parmi d’autres agitateurs professionnels. On ne joue pas avec le feu.
En fait, les problèmes décisifs, qui déterminent l’avenir du pays, ne semblent pas émouvoir les “forces vives“ de la nation qui se complaisent dans une posture esthétique de spectateurs. Les grands débats qui sont censés tirer le pays vers le haut et accélérer sa sortie réussie du virage de la transition piétinent, eux, entre indifférence et mutisme. Le pays est comme anesthésié. Tout au plus sont-elles réduites à un applaudimètre qui résonne quand le chef de l’État prend des décisions courageuses qu’elles s’empressent de louer sur le moment. Et puis, plus rien. Aucune flamme. Sauf celle du terrorisme de la Salafia Jihadia qui vient réveiller de temps en temps les consciences endormies en leur rappelant que le danger est toujours là, en embuscade, prêt à frapper avec violence. Le démantèlement récent de bandes terroristes à Fès et Meknès par les forces de l’ordre -les seules à être mobilisées jour et nuit pour que les Marocains vivent dans la sérénité- n’a donné lieu à aucune réaction vive des hommes politiques ni des membres de l’exécutif, ni de la société civile.
À croire que la sécurité du pays et sa stabilité ne les concernent nullement et qu’il s’agit d’une tâche dévolue exclusivement aux hommes en uniforme.
Nous n’avons pas vu non plus de délégation officielle formée de députés ou de ministres prendre la peine de se déplacer sur les lieux alors que les intéressés ne ratent aucune occasion de voyage, sérieux ou bidon, au-delà des frontières… Les problèmes réels du pays sont-ils à ce point inintéressants ? Le malaise de plus en plus perceptible vient probablement de là, de cette incapacité à se mobiliser autour d’un véritable projet de société avec un cap clairement indiqué et une politique de fermeté pleinement affichée. Tout au plus fait-on semblant de travailler ou de s’intéresser à quelque chose. Le climat actuel est plombé, il y a quelque chose de diffus et de confus dans l’air qui donne l’impression que les efforts du pays sont loin de converger… Dans cette situation de sclérose et d’attentisme -tout le monde attend quelque chose en étant inactif – ce sont les forces de l’inertie qui entrent en action pour neutraliser les velléités de changement et maintenir le statu quo. Certes, le Maroc bouge, mais dans quelle direction ?
Regardez la télévision publique marocaine avec ses deux chaînes. Elle est admirable jusque dans sa médiocrité. Elle ne reflète rien sinon sa propre indigence. Frappée d’autisme, elle est à rebrousse-poil de la dynamique qui traverse la société avec ses espoirs et ses craintes. Le ton n’est pas juste, le casting est d’un autre âge. Un étranger qui visite notre pays à travers son tube cathodique ne constatera pas les changements énormes qu’à connus la société marocaine au cours de ces dernières années.

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