Cénacles associatifs et arènes politiques

Dur dur de faire le distinguo entre associations et partis politiques. Autant les associations sont en principe ouvertes sur toutes les sensibilités politiques, autant leur distance par rapport à la chose purement politique, etait donnée pour chose acquise. Depuis quelques années, le tissu associatif formant pompeusement notre société civile, s’est beaucoup enrichi. Au sens littéraire s’entend. Au côté de preux chevaliers, défenseurs des intérêts du citoyen, animés uniquement de l’esprit civique le plus engagé, ont commencé à évoluer des sortes de transfuges politiques. Au nom de l’ouverture de fait des associations de la société civile sur tous les courants politiques, de l’enrichissement du débat et de la démocratie qui veut que la tribune associative, souvent mieux venue que le perchoir politique, soit accessible à toutes les potentialités -et ce droit a été exercé pleinement-, de nombreux politiques ne se sont pas privés de redorer en cénacle associatif, un blason terni en arène politique. Les avantages sont alléchants, il faut le dire. En société civile, on peut critiquer, dénoncer, comptabiliser, inventorier, sans pour autant devoir rendre de comptes. Une sorte d’exonération d’obligation de résultat qui a ses inconditionnels. Ce n’est guère le cas sur la scène politique. Les joutes, oratoires entre autres, sont permanentes. Les foules regardent et applaudissent ou huent selon l’air du temps. Un faux pas et le gladiateur est livré à la vindicte populaire, quels que soient ses exploits. Ce n’est toujours pas aisé d’évoluer dans cette tension. La brèche s’est donc ouverte entre politique et associatif et beaucoup s’y sont engouffrés, aggravant la carence politique des partis tout en introduisant le germe de la maladie chez l’associatif. Aujourd’hui, les associations, par définition actives et dynamiques sur le terrain, produisent un discours aux relents de politique cogitant. L’attrait de la nouveauté qui avait quelque temps drainé les foules vers les associations, à la faveur d’une déconfiture des partis, risque de s’estomper. Tant, les mêmes dispositions d’esprit, quand ce sont pas les mêmes orateurs, se retrouvent de part et d’autre. Le concept de société civile n’est plus tout à fait clair dans l’esprit des citoyens. Beaucoup mettent à l’origine de ce flou, le déséquilibre de plus en plus prononcé entre les associations de développement, productrices d’actions palpables sur le terrain social, culturel et économique et les associations dites de plaidoyers ou de discours, plutôt productrice de colloques, journées d’études ou tables rondes. Cette prépondérance des secondes aux dépends des premières étant constatée, l’on peut s’interroger dans quelle mesure l’associatif apporte aujourd’hui une alternative valable du politique? Dans quelle mesure les casquettes politique et associative se sont confondues, tant elles ont été alternées au gré de la conjoncture? Une rééducation à l’action associative serait-elle nécessaire à l’instar de celle que l’on exige pour les partis politiques ?

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