octobre 22, 2018

 

Certains syndicats le réclament : A quoi servirait un dialogue social avec un gouvernement sortant ?

Certains syndicats le réclament : A quoi servirait un
dialogue social avec un gouvernement sortant ?

Surprenant. C’est le moins qu’on puisse dire de la proposition que font aujourd’hui certains syndicats qui veulent reprendre le dialogue social. Une demande qui intervient à la veille de la fin du mandat de l’actuel gouvernement. A quoi bon entamer un dialogue avec une équipe sortante. Un gouvernement à la veille de son départ et dont des ministres sont pratiquement en campagne électorale peut-il raisonnablement entamer un dialogue avec les syndicats sans risque de tomber dans les promesses électorales. Il faut croire que certains syndicats n’y voient pas de mal. Abderrahmane El Azzouzi, secrétaire général de la Fédération démocratique du travail (FDT), a annoncé à ALM son intention d’adresser une lettre au Premier ministre dans les jours qui viennent pour demander l’ouverture de la deuxième session du dialogue après la première session qui avait abouti à l’accord du 16 avril. Le patron de la FDT compte sur les autres centrales pour adhérer à sa démarche. Le cas échéant, dit-il, la lettre sera signée s’il le faut par la FDT toute seule. Contacté par ALM, Mohamed Yatim, secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs marocains (UNTM) a lui aussi évoqué la nécessité de reprendre le dialogue social, ajoutant que son syndicat a, à plusieurs reprises, écrit au gouvernement pour aborder des questions en suspens. La centrale demande également que les engagements pris au mois d’avril soient complétés aujourd’hui par des mesures concrètes (voir encadré). Mais pour M. Yatim, c’est le gouvernement qui doit initier cette rencontre avec les syndicats. Son argument : Le gouvernement doit obéir à la méthodologie instituée initialement et selon laquelle sont tenues deux sessions par an : une première en avril et une deuxième en septembre. «Mais à notre grand regret, la session de septembre semble avoir été ignorée», déplore le syndicaliste. «La campagne électorale ne doit pas faire oublier au gouvernement ses engagements. Sinon dans un contexte de foisonnement et de détérioration des conditions sociales de la classe ouvrière, nous ne pourrions pas empêcher celle-ci d’exprimer sa colère, nous ne pouvons que la soutenir», prévient-il. Mais à quoi cela servirait d’avoir pour interlocuteur un gouvernement en fin de mandat ? «Une rencontre avec ce gouvernement ne se limiterait qu’à une réunion protocolaire», répond Miloudi Moukharik, secrétaire général de l’Union marocaine des travailleurs (UMT). «A l’UMT, nous n’aimons pas ce genre de réunions. Il faut attendre le prochain gouvernement pour envisager à nouveau la reprise du dialogue social», a indiqué M. Moukharik, s’interrogeant: «Comment peut-on négocier avec un gouvernement partant? Les engagements pris par ce dernier ne pourraient être pas respectés par un prochain gouvernement dont on ne connaît même pas la couleur». Aussi, selon les observateurs de la scène politique, une reprise du dialogue social avec un gouvernement cherchant à briguer un prochain mandat peut facilement virer aux calculs politiciens et pervertir la campagne électorale. De la récup, en somme. Ce qui serait évidemment dangereux quant à la suite du dialogue. Mais M.Azzouzi argue que la relance du dialogue social est importante parce que ce dernier ne doit pas être saisonnier. Ceci dans un contexte où le statut des centrales syndicales est désormais consacré par la nouvelle Constitution. M.Yatim soutient également l’initiative : «Le gouvernement demeure, théoriquement, responsable jusqu’à la fin de son mandat et doit veiller jusqu’au bout au bon fonctionnement de ses institutions et au respect de ses engagements». Et d’ajouter que «si le gouvernement est pour l’instant plus préoccupé par son sort et les échéances électorales, ceci est une autre affaire». Autre élément qui complique davantage la situation : cette année, élections anticipées obligent, l’examen du projet de loi de Finances a dû être accéléré. Ce qui ne laissera pas de place au dialogue social. Mais à défaut, le Premier ministre avait promis de tenir une rencontre avec les syndicats autour justement de l’examen de la loi de Finances et la place qu’elle réserve au volet social. Abbas El Fassi avait récemment indiqué qu’il prévoyait un exposé de la loi de Finances dédié aux centrales et syndicats sectoriels. Mais même pour ça, les centrales attendent toujours l’invitation du Premier ministre.


 Dialogue social : Avancées et points en suspens
Selon les syndicats, il y a eu quelques avancées enregistrées à l’issue du dialogue social tenu en avril entre gouvernement, patronat et centrales syndicales. On cite une augmentation des salaires de 600 DH dans le service public, le relèvement de la pension minimale de retraite de 600 à 1.000 DH et du quota de promotion interne à 33% de manière graduelle, d’ici janvier 2012, une indemnisation pour les fonctionnaires dans les zones difficiles, ainsi que la suppression des petites échelles entre 1 et 4. Mais il reste, selon eux, des points en suspens. Il est question de la création de la Caisse de compensation sociale, la constitution de commissions mixtes ( secteur privé et public) pour l’examen de la question de la retraite. «On a aussi reçu des informations selon lesquelles les augmentations de salaires prévues au niveau des collectivités locales n’ont pas pu se produire, malgré la volonté de quelques présidents de commune, et ce, faute d’un accord préalable du ministère de l’intérieur», a indiqué à ALM Mohamed Yatim, secrétaire général de l’UNTM.

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