Ces semaines qui ont fait basculer la région

Plus qu’une opération locale, plus qu’un simple réglage de pouvoir interne, la révolution iranienne, de par la position et le poids de l’Iran, a eu tous les ingrédients pour bouleverser l’ordre mondial. Ce qui fut fait. Et des semaines qu’a duré l’insurrection populaire, l’embrasement de la rue, à Téhéran, Qom, Ispahan pour ne citer que ces villes symboles, le monde entier était tenu en haleine. Du coup, Les fêtes de fin d’année 1978 ne se sont pas déroulées dans le calme.
Depuis le début de 1978, les signes de mécontentement des Iraniens, avec à leurs têtes les bazaristes et les dignitaires religieux se sont fait sentir. Les cassettes audio et autres écrits interdits, bien sûr- de l’imam Ayatollah Khomeyni, alors exilé, enflamment les foules. Le Savac, redoutable police secrète iranienne, n’avait à aucun moment pris la réelle mesure des évènements qui se préparaient. Le feu était déjà dans la paille. Le retour de l’imam banni par le shah d’Iran, l’empereur Mohamed Reza Pahlavi, était inscrit dans l’ordre des choses. Le gouvernement formé par les représentants d’une certaine frange de la bourgeoisie nationale, n’a rien changé à la donne. Et comme dirait l’autre, ce qui devait arriver arriva.
Le 10 février 1979, le Shah exté-nué, n’en pouvait plus. Il quitte le pouvoir pour se réfugier en Egypte d’abord. Le coup qu’il avait joué en 1953, face à Mohamed El Mossadek, Premier ministre réformateur, ne pouvait plus se reproduire. Les Ayatollah avaient bien ficelé leur révolution, et Khomeyni qui avait échappé plus d’une fois à la mort, n’avait pas droit à l’erreur.
En 1979, l’empire s’effondre et Khomeyni entre triomphant au pays et l’ère de la république commence alors. En 1983 Khomeyni s’affirme maître absolu du pays, mais la base du régime se rétrécit. La prolongation de la guerre Iran- Irak, du fait de l’entêtement de l’ayatollah lui retirera bien des sympathies et l’acceptation en août 1988 du cessez-le-feu constitue pour Khomeyni un dur échec personnel. L’Ayatollah Khomeyni meurt le premier juin 1989.
Juste après la proclamation de la république, les relations avec les anciens amis du Shah ont accusé un sacré coup de froid. Ce qui est tout à fait normal. Mais la rupture des relations diplomatiques avec les Etats Unis, en 1980 et l’attaque populaire contre l’ambassade américaine à Téhéran, dans ce qui est devenu une des opérations les plus légendaires de la révolution iranienne, ont marqué le tournant de l’histoire dans la région. Elles continuent d’ailleurs à le marquer.
C’est dans ce sens que l’on peut comprendre les déclarations de Reza Pahlavi, le fils aîné du Shah d’Iran , qui approuve le président américain George W. Bush qui a placé le régime de Téhéran sur un « axe du mal », tout en soulignant qu’une opération militaire contre son pays serait une erreur.
« Aujourd’hui, nous avons une occasion en or dans cette région pour mettre fin non seulement au terrorisme et au fanatisme, mais aussi pour aider ces pays et ces peuples à parvenir à la démocratie et à la croissance économique », affirme-t-il. Mais une chose est maintenant claire : malgré le cachet patchwork du front qui a renversé le shah, libéraux, religieux, moudjahidin Khalq- l’organisation révolutionnaire islamique que dirigeait Massoud Radjavi -, autonomistes kurdes, communistes, etc, la désunion n’a pas été à l’ordre du jour. Et la guerre déclenchée par l’Irak en septembre 1980 et les premières victoires irakiennes a provoqué un sursaut patriotique.
Seuls les communistes du parti Thuda ont été contre, ils en ont eu pour leur grade. Quant aux Moujahidine, ils ont repris les armes contre le nouveau régime, pas pour longtemps et pour des résultats très peu conséquents. L’Iran semble, en tout cas, prendre son destin en main et vivre une profusion et une vitalité remarquable sur tous les plans. Ce qui gêne certainement beaucoup de monde, à commence par les Etats-Unis d’Amérique, version George W. Bush.

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