Cet homme doit rendre des comptes

Interdire l’accès à la presse est plutôt une marque d’un certain bon sens. Les mares de sang et les restes de cadavres démembrés et éparpillés partout ne sont pas des images à diffuser. Encore moins les scènes de soldats israéliens en train d’exécuter les jeunes palestiniens, les yeux bandés. A genoux d’une balle dans la tête comme au bon vieux temps à Sabra et Chatila.
Huit membres de la résistance de Jénine ont été exécutés sur le champ après avoir répondu aux appels de l’armée d’Israël. Les soldats hébreux parcourent les ruelles de Jénine en utilisant des haut-parleurs, appelant la population masculine âgée de 16 ans et plus à se rendre sans sommation s’ils veulent sauver la vie des leurs. Dans le cas contraire ce sont les femmes et les enfants qui en feront les frais. Près de 4000 palestiniens sont séquestrés. Les massacres devenus monnaie courante à Jénine, il n’est pas question d’inquiéter l’opinion internationale avec ce genre de spectacle.
La destruction des maisons est systématique, comme la coupure d’eau et d’électricité, rapporte un médecin à Ramallah, Marwan Kassim. « Les soldats israéliens interdisent aux familles d’enterrer leurs morts, les ordures s’amoncellent de partout depuis deux semaines se mêlant à l’odeur de la mort. Mais le pire, c’est que les soldats arrêtent les ambulances, pendant de longues heures pour les fouiller, entraînant ainsi la mort des blessés graves qui se trouvent à bord » rapporte-il à la télé.
Deux journalistes français déclarent avoir assisté à des pillages et des viols perpétrés par l’armée sharonienne. A quoi servirait un hôpital sans médicaments, sans eau ni électricité ? Il n’est même pas passible de servir de morgue pour éviter la détérioration des cadavres inertes. Pire encore, l’organisation du Croissant rouge est également prise pour cible. Elle compte quatre morts et 136 blessés sans parler des 25 ambulances détruites par les soldats israéliens qui utilisent des obus de grand calibre. Chaque projectile transforme en parking un carré de 500 mètres d’habitations.
Un mini tremblement de terre. Les morts sont entassés dans des fosses communes que le passage des blindés remet à niveau pour faire disparaître toute trace. « Nous demandons à Colin Powell de se rendre d’urgence dans le camp de réfugiés de Jénine pour voir les crimes et massacres israéliens qui ont fait des centaines de morts palestiniens, dont des enfants, des femmes et des vieillards », a déclaré le Haut négociateur palestinien Saeb Eraykat à la presse à Gaza. M.Kofi Annan se sent indigné, à Genève, où il a déclaré à la presse vendredi : « mon opinion personnelle est que la situation est si dangereuse et la situation humanitaire et des droits de l’homme si écoeurante que je pense que la proposition d’envoyer une force là-bas pour établir un environnement sûr, aussi bien que pour fournir un espace pour les négociations diplomatiques et politiques, ne peut plus être différée ».
Pendant ce temps-là, Ariel Sharon est sur une autre planète. Le Premier ministre israélien a affirmé jeudi son opposition à un déploiement d’une force internationale dans les territoires palestiniens occupés. Après avoir lancé son armée dans un sinistre programme d’exécution sommaire et de massacres délibérés, le Premier ministre israélien, symbole du terrorisme d’Etat, enfile sur ses oripeaux d’artisan de génocide une défroque de chef d’Etat. Il reçoit Colin Powell ! Pour que ce dernier le ramène à la raison ? Même politiquement parlant c’est inconcevable. Le monde entier, et à fortiori les Américains, sait que dans l’esprit d’Ariel Sharon, la soif du sang a depuis longtemps rattrapé la paix et lui a tordu le coup. Partager quoi que ce soit avec Sharon est à peine moins dangereux que de partager un sac de couchage avec une famille de scorpions.
Et M. Eraykat qui continue de croire en la conscience internationale en affirmant : «l’autorité palestinienne poursuivra Sharon et tous les criminels de guerre israéliens devant une cour internationale». Toujours est-il que des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants sont massacrés de façon atroce dans un tableau d’horreur des plus infâme. Les actes commis par les serbes en Bosnie ont été dépassés en horreur et en abjection par Sharon ; même si tous les crimes contre l’humanité se valent par leur négation de cette même humanité. A Jénine, il y a eu tout de même quelques caméras pour immortaliser la scène. Rien qu’avec ces images, Sharon, le criminel de guerre le plus choquant devrait au minimum être mis hors d’état de nuire, pour sauver ce qui reste de la conscience universelle et être traduit devant la Cour Internationale Pénale.

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