Ceux qui ont dit oui à l’abstention

Près de la moitié des électeurs inscrits ont dit oui à l’abstention. Le taux de participation s’établit, selon le ministre de l’Intérieur, Driss Jettou, entre 52% et 55%.
Dans l’attente de la publication d’un chiffre précis et de la répartition des taux de participation par région, on peut d’emblée dire que ceux qui se sont abstenus de voter sont aussi les vainqueurs des dernières législatives. Leur refus de participer aux élections est un message clair adressé à tous les partis.
L’abstention est généralement présentée comme un acte incivique, je m’en-foutiste, mais lorsque ce chiffre avoisine les 50%, il devient une abstention militante. Ceux qui n’ont pas voté ont des motivations que l’on serait fondé de prendre au sérieux. Il est clair que dans les agglomérations urbaines, un nombre considérable de jeunes ne se sentent pas concernés par ces élections. Trois jeunes universitaires de Rabat ont préféré regarder un film le jour du vote. Interrogés sur les motivations de leur refus de voter, ils ont apporté des réponses très peu différentes les unes des autres. « Mon abstention est un acte responsable.
En refusant de voter, je marque mon mécontentement et ma lassitude à l’égard des vaines promesses des partis en lice. Je refuse de participer à une mascarade électorale», dit le premier. Le deuxième est encore plus instructif : « je ne me sens pas concerné par ce qui se passe au Maroc. Toutes mes pensées vont ailleurs. Je n’ai qu’un seul voeu : me barrer. L’avenir politique de ce pays ne m’intéresse pas, puisque je ne m’y vois pas ». Le troisième : « Je refuse que l’on me prenne pour un imbécile. Une voix juste bonne à beugler lorsqu’on me le commande.
Va-t-on écouter ma voix lorsque je la donne ? Non ! bien sûr ! Ma dignité m’empêche de donner ma voix à des gens qui ne m’écoutent pas ». Ils sont nombreux les jeunes complètement désintéressés par ces élections. Les partis n’ont pas su s’adresser à eux. Ils n’ont pas su aborder les vraies questions qui les passionnent. Aucun parti n’a abordé dans sa campagne le nombre considérable de jeunes qui vivent dans ce pays dans l’attente de s’établir ailleurs. Il est normal que tous ceux qui ne pensent qu’à immigrer soient très peu concernés par ce qui se passe ici. Ils ne sont pas les seuls d’ailleurs. Karim, un jeune travaillant à Casablanca, dit: « Je n’ai pas voté parce que je ne me sens pas représenté au Parlement.
Les gens qui ont voté pour le PJD se sentent représentés, moi je n’ai pas ce sentiment, donc je m’abstiens ». De fait, la percée du PJD résulte plus de la mobilisation totale de ses électeurs que d’une montée de l’islamisme comme le titre certains journaux. Intégrés dans tout le corps électoral, les personnes qui ont voté pour ce parti ne représentent pas plus de 10% des électeurs marocains.
L’émergence du PJD est donc liée à cette masse de voix, majorée en pourcentage par l’effet d’un fort taux d’abstention. Elle n’aurait pas été possible si tous les électeurs s’étaient présentés aux urnes. Et parmi ceux qui ont voté, nombre d’entre eux ont volontairement choisi d’annuler le bulletin. À l’instar d’un chauffeur de taxi à Casablanca qui dit avoir «mis une grande croix sur le bulletin de vote». Il faut attendre la communication du chiffre des bulletins nuls pour avoir une idée précise de l’ampleur du phénomène, mais on peut d’emblée estimer qu’ils ne sont pas seulement dûs à la «complexité» du nouveau mode de scrutin, mais à une volonté délibérée de s’abstenir de voter.
Tous ceux qui ont dit oui à l’abstention sont autant de voix perdues pour les partis. Des voix qui constituent la plus garde force d’opinion dans la nouvelle géographie politique du Maroc. Leur abstention est un acte politique qui doit être pris en considération.

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