Chronique d’un séjour aux USA après le 11 septembre

Partir aux USA deux semaines après les attentats du 11 septembre est un challenge. C’était une occasion pour découvrir un pays sous l’effet du choc. Avant même de débarquer dans la capitale américaine, un avant-goût de la recrudescence des mesures de contrôle sécuritaire a commencé à l’escale de notre avion à Amsterdam en provenance de Casablanca.
Les passagers à destination de Washington étaient obligés de subir l’épreuve d’un interrogatoire sur le motif de déplacement vers les USA.
Début novembre, c’est la guerre qui éclate. Premier électrochoc pour nous. Les chaînes de télévision transmettent les premiers bombardements des villes de l’Afghanistan. L’émotion était vive parmi les américains dont la joie de la « revanche » était perceptible dans leurs yeux braqués sur les écrans de télévision répartis dans les différents endroits d’un espace d’affaires de la ville de Jacksonville (Etat de Floride). Comme le programme de notre visite était axé sur la découverte de l’expérience des USA dans le domaine des technologies de l’information, nous avons pu nous rendre aux différents centres névralgiques du pays : Washington, New York, Jacksonville, Texas, San José et San Francisco. Cette mobilité exige le recours au transport aérien. Ainsi, chaque fois que nous nous apprêtions à prendre l’avion, c’est le calvaire. La fouille des bagages et des passagers était systématique. Le fait d’être arabe et jeune était une circonstance aggravante. Nous étions interrogés pendant une heure par le fameux FBI dans l’aéroport de San José (Silion Valley). La panique entraînée par l’Anthrax, surtout à New York, a pesé également sur le planning de rendez-vous professionnels de notre mission.
Malgré les fouilles, les interrogatoires et les pesanteurs de l’état de guerre, la visite sur les lieux vous laisse perplexe. Un sentiment mitigé partage l’observateur. Les USA ont fait leurs preuves sur le plan de l’économie et de l’éducation. La visite des universités ou de la Silicon Valley révèle le potentiel et le dynamisme de ce géant de l’Amérique du Nord. Paradoxalement, la position des Etats-Unis sur la question du Proche-Orient et leur soutien à Israel restent des points noirs qui éclipsent les mérites de réussite du modèle américain. Autre chose surprenante lors de ce séjour, c’est le dynamisme de la communauté musulmane sur le plan associatif et professionnel. Le choc du 11 septembre a donné une impulsion à cette communauté estimée à plus de trois millions. Elle était interpellée sur son appartenance, sa religion, ses liens avec ses pays d’origine. La réaction normale était de souder et de fédérer les énergies. La multiplicité des associations et des réseaux de soutien est le signe que la communauté musulmane essaye de résoudre l’équation de son tiraillement identitaire (citoyen américain et musulman). Quant aux marocains, il s’agit encore d’une communauté embryonnaire. L’accord de libre-échange en cours de négociation mettra à l’épreuve nos rapports avec les américains et contribuera certainement à découvrir du plus près ce pays continent multiracial et paradoxal.

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