Chronique d’une affaire contaminée

Jamais une affaire médicale n’a suscité autant de passions que cette mystérieuse « affaire Benabderrazik », du nom de Moncef Benabderrazik, pharmacien de Casablanca. Ce dernier avait été poursuivi, lors de la campagne d’assainissement, pour importation illégale de sang à la qualité douteuse. Au terme d’un procès très controversé qui avait suscité les passions, le mis en cause allait écoper d’une lourde peine de prison.
À l’origine de cette affaire, une investigation menée par les autorités publiques. Le 29 janvier 1996, un communiqué émanant du ministère de la Santé et couvert de l’autorité de l’Institut Pasteur du Maroc et du parquet de Casablanca précisait que «les résultats des contrôles réalisés par l’Institut Pasteur confirment l’existence d’anticorps anti-virus de l’Hépatite C et des anticorps du Sida (HIV1 et HIV2) dans le lot JO3 de gammaglobuline». Cette thèse fut relatée par l’ex-directeur de l´Institut Pasteur Maroc (IPM), Abdellah Benslimane, qui a fait l´analyse du produit et a conclu à sa nocivité, tout comme son adjoint Nezha Houda et la responsable du service Médicaments au ministère de la Santé publique, Souâad Batal. En face, les professeurs Hakima Himmich et Noufissa Benchemsi dénoncent la position des autorités et engagent une poursuite judiciaire contre le ministre de la Santé publique de l’époque, le PND Ahmed Alami, pour « propos injurieux et diffamatoires » dénonçant au passage un «complot médiatiquo-politique fomenté contre leur collègue.
Les deux professeurs se sont attelées à démontrer que les conclusions de l´IPM au sujet de la gammaglobuline étaient inexactes, voire fausses et que le rapport de l´IPM ne respecte pas les recommandations de l´Organisation mondiale de la Santé. Cette thèse fut également appuyée par le professeur Hassar, enseignant en pharmacologie qui avait fait lors du procès en appel une déposition sur les aspects techniques de détection du HIV et les procédés en vigueur de par le monde. Dans sa déposition, il avait soutenu que les conclusions relatives au caractère nocif de la gammaglobuline incriminée sont infondées.
La justice a opté pour la thèse officielle estimant que les témoins et la défense n´ont pas apporté de nouveaux éléments pouvant « compromettre » la solidité du verdict, qui fut bien lourd : 9 ans de prison ferme en première instance, ramené à 6 ans en appel.

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