Circuit infernal

Le personnel de la RATC (Régie autonome du transport de Casablanca) est entré en grève illimitée depuis mardi dernier. Motif : protester contre la dégradation de ses conditions matérielles. Selon un communiqué des syndicats, cette grogne trouve son origine dans le fait que les employés n’ont toujours pas touché leur paie du mois de janvier et de février dernier. Résultat : les autobus de la RATC sont restés immobilisés.
Ce qui a rejailli sur le transport en commun à l’intérieur de Casablanca. Nombre d’usagers, notamment les étudiants universitaires abonnés aux lignes de la RATC et les citoyens dont les quartiers ne sont desservis que par cette régie, n’ont pas pu se déplacer et se rendre à leur lieu de travail.
Cette situation vient rappeler pour la énième fois la réalité peu ragoûtante de la RATC qui n’en finit pas de s’empêtrer depuis 1983 dans des problèmes financiers énormes. Une entreprise au bord de la faillite qui offre un visage exsangue et dont les difficultés empirent de jour en jour. Comptes déficitaires, endettement chronique, gestion désastreuse… Le tableau est noir. Très lourd, le passif est évalué à quelque 500 millions de Dhs. Un gouffre financier qui ne cesse de se creuser.
Cette dégradation très avancée est portée par le parc de la RATC en circulation dans les artères et boulevards de la métropole. Autobus brinquebalant en piteux état, crachant des nuages de fumée noire, qui tombent régulièrement en panne au milieu de la chaussée et gênent gravement la circulation. Un danger public permanent pour la sécurité aussi bien des passagers que des usagers de la route. Cette situation ne semble pas émouvoir les responsables qui préfèrent pratiquer la politique de l’autruche au lieu de regarder le problème en face.
De fait de panne, près de 100 véhicules, faute de pièces de rechange et d’entretien sont immobilisés. Quel gâchis ? Qui en est responsable? Comment un organisme public en est-il arrivé là ? D’aucuns parlent de mauvaise gestion, de détournement de fonds et de l’incapacité de la RATC à moderniser son outil.
D’autres accusent la concurrence du transport urbain privé qui contrôle les lignes les plus rentables. Une chose est sûre : la RATC, dont la mise à mort était programmée de longue date, est malade de tout cela à la fois. Résultat : elle est devenue un fardeau aussi bien pour la collectivité que pour l’État.
Incapable de payer les salaires de son personnel et de prendre les mesures adéquates pour redresser la barre, la RATC est condamnée, si les pouvoirs publics n’interviennent pas pour la sauver, de mettre la clé sous le paillasson. Un drame social aux conséquences encore plus fâcheuses.
Pour le moment, la RATC s’en remet, à chaque fois que le personnel manifeste son mécontentement et réclame de se faire payer, à la communauté urbaine de la ville et à la Wilaya du Grand Casablanca pour trouver une solution dans l’urgence. Mais devant la complexité du problème, chacun de ces deux interlocuteurs rejette la responsabilité sur l’autre. C’est un dossier très délicat dépassant de loin les autorités locales de la métropole qui butent à chaque fois sur des problèmes de fond. En fait, le nombre des syndicats (pas moins de 8) impliqués dans le dossier de la RATC n’aide non plus aux yeux du Wali Benhima à aider à un traitement efficace du dossier qui est déposé par ailleurs sur le bureau du Premier ministre. Concernée en premier lieu par le problème, la direction des régies dépendant du ministère de l’Intérieur observe, elle, le silence total.
Normalement, la situation désastreuse de la RATC qui a fait l’objet de deux missions d’inspections (l’une diligentée par le ministère de l’Intérieur et l’autre de la Cour des comptes) nécessite un plan social en bonne et due forme avec des mesures courageuses. Mais tout se passe comme si on voulait laisser la RATC mourir de sa belle mort et la vendre, le cas échéant, au dirham symbolique Mais qui voudrait reprendre une société criblée de dettes, mal gérée, et aux effectifs pléthoriques ?

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