Code anti-sismique : Le laxisme qui tue

Code anti-sismique : Le laxisme qui tue

Aujourd’hui Le Maroc : Quelles sont les données techniques disponibles sur le séisme qui a frappé la région d’Al Hoceima?
Lahsen Aït Brahim : c’est un séisme d’une magnitude de 6,1 sur l’échelle ouverte de Richter qui a eu lieu au sud de la ville d’El Hoceima, le long d’une ligne qui passe par les villages d’Aït Kamra, Aït Daoud et d’Imzoghen. Ces lieux-mêmes qui ont été les plus touchés par le séisme de mardi matin qui a été ressenti dans un rayon de 200km. Le contexte géodynamique qui a généré ce séisme est identique à celui du 21 Mai 2003 en Algérie à savoir le rapprochement des plaques Afrique-Europe.
L’épicentre de cette secousse, c’est-à-dire le lieu où l’énergie du séisme a été libérée a été localisée par le centre national des recherches et études sismique au sud de la ville d’El Hoceima, plus exactement au point 35,22 nord de latitude et 3,9 ouest de longitude. Pour ce qui est de sa profondeur, c’est un séisme superficiel dont l’énergie a été libérée entre 2km et 8km de la surface de la terre. C’est d’ailleurs ce type de séisme qui est le plus dangereux. Plus le tremblement de terre est superficiel, plus les dégâts matériels et humains qu’il cause sont importants.
La région court-elle un risque de nouvelles secousses dans les prochains jours ?
Tout séisme est suivi par de nombreuses secousses appelées répliques. A El Hoceima, une centaine de répliques ont été enregistrées depuis 2h30 mardi matin. La plus forte secousse, d’une magnitude de 4 degrés sur l’échelle ouverte de Richter, a eu lieu entre 12h et 12h30.
L’existence de ces répliques est une chose tout à fait normale même si elles font beaucoup peur à la population, sous état de choc, qui s’obstine à rester dehors de peur d’être ensevelie à nouveau. Je dirais même que c’est une très bonne chose puisque ces répliques, de plus faible magnitude, démontrent que le danger s’éloigne.
La région d’El Hociema est ainsi une zone à haut risque sismique…
Tout à fait. Depuis le 26 mai 1994, jour où d’El Hoceima a été frappée par un séisme très puissant, la région est sous contrôle scientifique permanent. Heureusement pour les habitants de cette région, ce tremblement de terre a eu lieu à 8h du matin, au moment où très peu de gens se trouvaient chez eux. Il y a eu bien sûr de très lourds dégâts matériels, de nombreuses constructions ont été détruites à Tafensa, Tanda Ifrane, Jbel Boubrhel, Arbal et Rouadi (à l’ouest d’Al Hoceima). Mais très peu de victimes humaines ont été enregistrées puisque n’ont péri lors de ce séisme qu’un bébé ainsi que quelques têtes de bétail. Grosso modo, nous pourrons dire que toute la région du nord du Maroc risque de nombreux séismes, en raison de la forte activité sismique qu’elle connaît. Mardi par exemple, les constructions qui ont été démolies par ce séisme sont toutes à base de terre cuite. Plusieurs bâtiments construits en béton armé ont résisté à ce tremblement de terre.
Pourquoi alors ne pas avoir sécurisé les constructions dans une zone pourtant à haut risque sismique ?
Depuis le tremblement de terre de mai 1994, la communauté scientifique n’a pas cessé d’attirer l’attention des responsables de cette région, élus locaux, gouverneurs et même les ministres des départements concernés dans les différents gouvernements, sur le danger de la situation ainsi que la nécessité de la mise en place d’un code de construction parasismique adapté au niveau du risque sismique de la région. Il ne faut pas oublier que plus de 2000 répliques ont été enregistrées depuis 1994 à 2003 dans cette région du nord du Maroc.
Le Maroc dispose pourtant d’un code de construction parasismique…
Bien sûr, il y a eu le code marocain de constructions parasismiques, du nom de RPS 2000, publié au Bulletin officiel le 21 février 2002 et entré en application depuis le 22 septembre de la même année.
Malheureusement, il n’est pas encore mis en pratique par tous les professionnels concernés (ingénieurs, bureaux d’étude, etc.). Dans le cas d’une région comme celle d’El Hoceima, il est nécessaire d’avoir sous la main un code spécifique qui prend en considération les caractéristiques sismiques de la région.

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