Condamnés à s’adapter

ALM : Pensez-vous que les groupes familiaux marocains vont pouvoir affronter la mondialisation et l’ouverture des marchés, tout en préservant leur actionnariat?
Mohamed Ali El Hassani : Si ces groupes sont capables de se développer eux-mêmes sans l’aide extérieure, c’est tant mieux. Mais sinon, ils seront obligés de s’ouvrir davantage. En fait, la plupart des holdings familiales marocaines doivent faire face aux difficultés liées à la disparition des droits de douanes et l’ouverture des marchés. Ils peuvent amorcer des alliances de manière souple par le biais des contrats de coopération avec d’autres groupes ou en faisant appel au capital-risque. Mais cette relation demeurera assez fragile. En revanche, ils peuvent opter pour une coopération plus solide et structurelle en acceptant de perdre un peu de leurs pouvoirs de contrôle.
En somme, une alliance signifie automatiquement une perte de contrôle.
L’entreprise familiale est souvent gérée avec une mentalité réservée. Le patron contrôle tout et en lâchant un peu de lest, il le fait au profit de son fils et d’un proche. Mais malgré cela, le patron continue de tout centraliser. En fait, ce schéma ne posait pas de véritable problème au moment où l’économie marocaine était fermée. Aujourd’hui, le marché s’ouvre. Les enfants ont fait des études et ont donc compris que la pérennité de l’entreprise passe par une modernisation et une ouverture vers l’extérieur. De grands groupes comme ceux des familles Akhenouch ou Bensalah ont vite compris cela. Mais c’est sans doute les Kettani qui ont réalisé l’opération qui illustre le mieux ce phénomène d’ouverture.
Justement, comment expliquez-vous ce phénomène qui a eu lieu dans le marché le mieux protégé du Maroc, celui de la banque?
Effectivement, le secteur bancaire marocain nécessite une mise à niveau urgente. Malgré les efforts déployés en matière de services rendus aux clients, nous sommes encore très loin de ce qui est offert par les banques étrangères. Les banques marocaines sont frileuses. La sur-liquidité a atteint des chiffres faramineux. Les banques sont trop puissantes et les clients trop faibles. On ne prête qu’aux riches en quelque sorte. C’est la raison pour laquelle je suis tenté de dire que la véritable concurrence entre les banques est à venir.
Quel intérêt y a-t-il donc pour les groupes eux-mêmes?
La croissance externe a énormément d’avantages. Elle permet notamment une amélioration de la rentabilité, une meilleure distribution des bénéfices entre les différentes composantes du groupe et une gestion optimale des ressources humaines. En somme, c’est une question de survie car les canards boiteux finiront inéluctablement par disparaître.Par ailleurs, il fait souligner que le rôle de l’Etat est primordial car plusieurs intérêts sont en jeu.
Quel rôle peut jouer l’Etat pour encourager une meilleure ouverture des groupes familiaux?
Le phénomène des alliances n’est pas nouveau et ne concerne pas uniquement le Maroc. Comme je vous l’ai dit, il est salutaire voire nécessaire. Dans cette optique, l’Etat doit encourager les entreprises familiales à s’ouvrir sur le marché boursier et mettre en place une politique fiscale courageuse. Le CDVM doit bouger pour jouer le rôle de véritable gendarme des marchés. Et le législateur de s’activer pour empêcher tout dérapage.
De quel type de dérapage parlez-vous?
Il faut que les concentrations se fassent dans les règles de l’art. L’intérêt des petits porteurs doit être sauvegardé. Ils doivent bénéficier du même prix de cession. Cet aspect, soulevé d’ailleurs dans le cadre de l’opération BCM-Wafabank, est très important car il concerne la confiance de ces petits porteurs qui préfèrent investir plutôt que d’épargner. Aussi, l’intérêt des travailleurs et cadres doit être pris en considération. Inutile de rappeler l’importance du capital humain dans le développement de l’économie. Enfin, il y a l’intérêt national en jeu. L’Etat doit veiller à ce qu’il n’y ait pas d’abus de position dominante préjudiciable pour la concurrence.

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