Contrebande : Joteya.net du tout

Connu dans les années 70 et 80 pour être un marché aux puces et de quelques rares articles de contrebande, Derb Ghallef connaîtra une floraison sans égale depuis les années 90. D’abord, c’est le commerce de cassettes-vidéo piratées avant que la « téléphonerie cellulaire » ne fasse son irruption avec fracas. Toutes les marques y sont présentes avec les pièces et les compléments nécessaires. Idem en ce qui concerne les antennes paraboliques. Les citoyens peuvent avoir accès à n’importe quel bouquet numérique Certes, la piraterie audiovisuelle est aujourd’hui organisée en un vaste réseau international et les internautes sont invités à télécharger des logiciels de décryptage des codes de bouquets satellites. Les énormes efforts déployés par les spécialistes de la cryptologie se sont avérés vains devant la pertinence et la perfection des pirates.
D’ailleurs, ces mêmes spécialistes estiment qu’aucun système de cryptage ne pourra, en l’état actuel de la technologie, résister indéfiniment à la piraterie des programmes des chaînes cryptées. C’est l’impasse. Au point que certains groupes se sont retournés vers des anciens pirates pour développer un nouveau système de cryptage. La perspective est d’autant plus tentante puisqu’un pirate est censé maîtriser les astuces de ses congénères.
D’après certains techniciens de la place, les coordonnées du logiciel qui permet de contourner le cryptage des chaînes étrangères, proviendraient de la Russie, d’Israël et de l’Ukraine. Il se murmure également que les fabricants de terminaux numériques se trouvent derrière la fuite des codes de décryptage par pure vengeance de leurs patrons.
Aujourd’hui, les CD et les DVD et autres VCD sont une industrie en pleine effervescence à Derb Ghallef. Inutile de rappeler que ce commerce baigne entièrement dans l’illégalité. Il n’est même pas question de parler de droits d’auteur, en ce qui concerne les oeuvres artistiques, même au lendemain de la Journée mondiale de la « propriété intellectuelle ». A croire que certaines productions cinématographiques passent directement d’Hollywood à Derb Ghallef, et pour seulement quelques dirhams.
Mais si c’est le côté « high-tech» qui est le plus apparent il n’en demeure pas moins que d’autres commerces font tourner des milliards de centimes à longueur d’année. Les accessoires et les pièces de rechange des voitures « dernier cri » sont disponibles et à la portée du consommateur moyen. Des meubles en teck et en bois sculpté, des articles vestimentaires de renom au coût très élevé, des lustres en cristal très coûteux, sans parler de l’agroalimentaire avec des produits venant de tous les pays d’Europe ou presque. Il en va de même pour le matériel médical. Les médecins peuvent satisfaire leurs besoins en appareils et autres outils de fibroscopie ou de dépistage. C’est l’illégalité qui prime et qui profite certainement à un réseau mafieux bien placé au-dessus des lois, car les pauvres intermédiaires qui vendent partout le produit final sont profondément instrumentalisés, surtout ce côté social que l’on ressorte à chaque fois qu’une tentative d’en finir avec ce problème est manifestée par les responsables.
D’ailleurs même l’occupation du terrain est apparemment illégale, puisque le titre foncier de l’espace Derb Ghallef appartient toujours à quelque 70 propriétaires certifiés. La dernière trouvaille qui circule maintenant sur toutes les bouches des jeunes et moins jeunes, sont les deux sites Internet grâce auxquels les internautes, non seulement du Maroc mais de tout l’univers, ont désormais accès à la «Jotia» et aux produits qui y sont disponibles. Il s’agit du premier marché virtuel purement marocain qui a soufflé sa deuxième bougie déjà et qui reçoit en moyenne près de 200 visiteurs par jour. L’oeuvre de deux jeunes concepteurs. C’est cela Derb Ghallef, un univers à part qui incarne par excellence une mondialisation de la fraude. De jeunes beurs viennent de France spécialement pour s’approvisionner en « codes » disponibles à ce souk devenu ce qu’il est.
Même le président Bush s’était plaint de Derb Ghallef, raconte l’anecdote !! Du temps de la campagne lancée par les Américains pour la traque de Ben Laden en Afghanistan, et jusqu’à nos jours, on retrouve facilement et en quantité des CD reproduisant les discours et les messages du chef d’Al Qaïda. A Derb Ghallef, le viol flagrant de la loi bloque considérablement de potentiels investissements étrangers et porte atteinte à l’image du pays.

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