Daoudi : « Le PJD n’est pas un Don Quichotte »

ALM : On a l’impression, depuis quelques jours, que le PJD s’active pour faire valoir son aptitude à participer à un éventuel nouveau gouvernement. Qu’en est-il réellement ?
Lahcen Daoudi : Je tiens à préciser que personne n’a contacté le PJD pour une éventuelle participation à un gouvernement. Cette précision étant faite, nous sommes convaincus que les problèmes du Maroc ne peuvent pas être résolus à coups de baguette magique. Les conditions à venir sont extrêmement difficiles. Et les gouvernements qui se sont succédé n’ont pas réussit à redresser la barre.
En quoi ont-ils échoué?
Depuis 1994, la stratégie de mise à niveau de l’économie est fin prête. Aucun gouvernement n’a réussi à l’appliquer. La moralisation de la vie publique est toujours au stade des voeux pieux.
La réforme de la fonction publique également. Les ministres marocains préfèrent repousser les problèmes jusqu’à la fin de leur mandat. Ils appliquent tout bonnement la politique de « après moi le déluge ».
Tout en reconnaissant qu’il n’y a pas de baguette magique, vous ne vous empêchez pas de critiquer l’action des gouvernements. N’est-ce pas une attitude politicienne?
Absolument pas. Le Maroc mérite un gouvernement à la mesure des difficultés. Les problèmes existent, certes, mais les gouvernements qui se sont succédé ont péché par manque d’action. La réforme, même la plus impopulaire, doit être appliquée sans tergiversations. Mais encore faut-il qu’elle soit dans l’intérêt de la nation.
En clair, si le PJD était au pouvoir, il n’hésiterait pas à prendre des décisions impopulaires?
Sans aucun doute. Je vais vous le dire clairement. Notre mission est de sauver le pays et pas le PJD. Le parti n’est qu’un instrument. Si le pays devait se construire sur les ruines du PJD, aucun militant de ce parti n’hésiterait une seconde à le faire. C’est notre devise.
Vous avez certainement des conditions pour participer à un éventuel gouvernement. Lesquelles?
Nous n’avons pas de conditions préalables. Au fait, ce que nous voulons, c’est que notre apport soit positif au sein de l’équipe gouvernementale. Nous ne voulons pas des postes ministériels pour le plaisir d’en avoir. A titre d’exemple, nous ne participerons pas à un gouvernement composée d’une pléthore de partis politiques.
Participeriez-vous à un gouvernement dirigé par un Premier ministre technocrate?
J’ai eu l’occasion de dire que l’actuel Premier ministre ne représente que lui-même. J’ai beaucoup de respect pour Driss Jettou, un homme incontestablement honnête, intègre et sérieux. Le problème est qu’en 2007, il ne sera pas possible pour les électeurs marocains de sanctionner son action à la tête du gouvernement. C’est aussi simple que cela.
En d’autres termes, vous êtes contre un Premier ministre technocrate.
Effectivement, notre souhait est que le Premier ministre soit issu d’une formation politique. Peu importe que le PJD participe ou pas au gouvernement. Mais le Premier ministre doit être comptable de l’action de son équipe le jour des élections.
Si le PJD participe au gouvernement. Les maux du Maroc trouveront-ils des solutions?
C’est justement ce message-là que nous ne voulons pas véhiculer. Le PJD ne jouera pas le rôle de Don Quichotte qui part en guerre contre des moulins à vent. Ce n’est pas le PJD qui solutionne, c’est toute l’équipe gouvernementale qui doit agir en totale harmonie.
Quels seront, dans ce cas, les postes ministériels que vous revendiqueriez?
Ce n’est pas un problème pour nous. Quel que soit le secteur pris en charge, le PJD ne réussira sa mission que grâce au concours et l’aide de tous les autres départements ministériels. C’est la raison pour laquelle nous mettons l’accent sur le projet gouvernemental et les acteurs qui seront appelés à le réaliser.
Est-ce qu’il y a des formations politiques que vous excluez d’avance?
Nous réfutons toute politique d’exclusion. Que cela soit clair pour tout le monde. Le PJD peut travailler avec n’importe quel parti marocain. Plusieurs champs nous unissent. Je ne connais pas de formations contre la résorption du chômage, l’éradication de la pauvreté, la réforme de la fonction publique et j’en passe.
Vous êtes prêt à collaborer avec l’USFP par exemple?
Bien évidemment. Nous n’avons rien contre l’USFP. D’ailleurs, nous avons soutenu le gouvernement Youssoufi, jusqu’au jour où il a présenté le fameux plan d’intégration.
Concernant le projet de loi sur l’organisation des partis politiques, quelles sont vos propositions?
Nous pensons qu’il ne faut pas porter atteinte aux droits des personnes à créer un parti politique.
Toutefois, en instaurant carrément un seuil de représentativité aux élections de 10%, on évitera la balkanisation du champ politique. C’est donc au niveau du code électoral que tout doit se passer.

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