Darif : «El Guerbouzi ne peut pas faire l’affaire»

Darif : «El Guerbouzi ne peut pas faire l’affaire»

ALM : On parle de nouveau des Marocains à l’occasion des attentats de Londres. Quel est votre avis ?
Mohamed Darif : Il faut d’abord souligner que les accusations portées à l’encontre El Guerbouzi ne sont pas officielles. La presse, et surtout américaine et britannique, a commencé à en parler a première. Pour moi, ces accusations doivent être remises dans leur contexte. D’abord, il ne faut pas oublier que plusieurs parties pointent le Maroc du doigt. Même les Saoudiens disent qu’Al Qaïda en Arabie Saoudite est dirigée par des Marocains, Karim Mejjati et Younès  Hayyari, entre autres. Les autorités saoudiennes, elles, savent que c’est faux, mais cela arrange beaucou de monde pour dire que le terrorisme est importé. Ensuite, les autorités britanniques se trouvent encore aux prises avec le problème des pistes et la piste marocaine est parmi les plus avancées. Les enquêteurs ont procédé à une comparaison entre un communiqué d’Al Qaïda en Europe et la lettre saisie sur Mohamed Boueyri, l’assassin du cinéaste hollandais Théo Van Gogh. C’est pour cela que El Guerbouzi est montré comme le suspect niméro 1 en GrandE-Bretagne. Pour en revenir à ce dernier, je dirai qu’il n’est pas impliqué dans ces attentats pour la simple raison qu’Al Qaïda évite d’embrigader les gens placées sous la lumière. Elle a besoin plutôt d’hommes de terrain pour la planification, la logistique et l’exécution. El Guerbouzi, qui en plus n’a été condamné ni en Espagne ni ailleurs, est une carte brûlée pour Al Qaïda.

Mais il y a le contre-exemple de Fizazi qui aurait été en contact avec des kamikazes du 11 septembre.
Fizazi se déplaçait à Hambourg et c’était ce qu’il y a de plus normal. Dans les mosquées, il se crée un lien spirituel entre l’imam, le prédicateur et les fidèles. Qu’il ait rencontré 3 kamikazes ou 10, cela ne veut rien dire. La même chose est arrivée au Maroc avec Haddouchi et Chadli condamnés pour avoir rencontré les kamikazes du 16 mai. Cela porte atteinte à l’image du Maroc et il faut rectifier le tir. Remarquez qu’en Grande-Bretagne, aucune arrestation n’a été faite trois jours après les attentats.

Pensez-vous que les Britanniques pourraient enfin extrader El Guerbouzi ?
Je ne le pense pas. Il a la nationalité britannique et je ne crois pas qu’ils vont l’expulser sans preuves. Les autorités britanniques ont la certitude qu’il n’est pas impliqué.
Même sa condamnation au Maroc à 20 ans de prison ferme est, pour eux, non fondée. Son procès au Maroc était lié au GICM (Groupe islamique combattant marocain) et non au 16 mai.

Laisserez-vous entendre qu’il n’a rien à voir avec le GICM non plus ?
Il n’a aucune relation avec le GICM. Al Qaïda, lorsqu’elle a créé des cellules un peu partout, avait besoin d’hommes de terrain comme Mejjati ou encore Saâd Housseini qui est toujours recherché.
El Guerbouzi est une personne normale qui ne peut pas faire l’affaire. D’ailleurs, les ténors de l’islamisme radical ne le connaissent même pas.

Comment expliquer alors sa disparition de la scène à deux reprises ?
Les autorités britanniques ont voulu le protéger et, en plus, il y a des rumeurs qui affirment qu’il collabore avec les services de renseignement. C’est quelqu’un qui évite les lumières et même lors de son interview avec Al Jazira, l’on n’a pu voir son visage.

D’après vous, est-ce que Londres changera d’attitude envers les islamistes comme c’est le cas pour d’autres capitales européennes ?
Je ne crois pas. La Grande-Bretagne, depuis l’ère coloniale, a toujours été une terre d’accueil et son droit d’asile est des plus flexibles dans le monde.
N’oublions pas non plus que ce pays a aussi profité de la présence des islamistes qui constituent un grand pouvoir financier.Pour résumer, disons qu’il y a un compromis entre les islamistes et les autorités britanniques. Ces dernières ne font pas l’amalgame entre islamisme et salafisme combattant comme le représente Al Qaïda. Le compromis ne risque pas d’être rompu et les islamistes de Grande-Bretagne ont été parmi les premiers à dénoncer le drame survenu à Londres.

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