De la répression à la réconciliation

De la répression à la réconciliation

Dès la fin de la décennie 80 du siècle dernier, des initiatives allant dans le sens de la réconciliation entre l’Etat et la société et entre l’ancienne opposition et une partie des autorités du pays, ont commencé à foisonner, donnant finalement naissance au Conseil consultatif des droits de l’Homme, le 20 avril 1990. Un événement qui allait générer, trois années plus tard, une libération de 424 détenus d’opinion et le retour de tous les exilés politiques, et qui s’est soldé finalement par la dissolution, en 1995, en France et en Europe, du fameux Comité contre la répression au Maroc, lequel était un instrument de mobilisation exploité, des fois, par des adversaires du Maroc qui agissaient dans le domaine des droits de l’Homme. Aussi, dès sa succession au trône, SM Mohammed VI a donné le ton de sa politique dans le domaine des droits de l’Homme. En 2001, le Souverain annonce qu’ « en installant le Diwan Al-madalhim (le 9 décembre 2001 _NDLR) et le Conseil consultatif des droits de l’Homme, Notre propos n’est pas seulement de renforcer les institutions chargées d’assister Notre Majesté à assurer la protection des libertés des citoyens, mais Nous entendons aussi doter notre pays d’institutions qui devront épier les dysfonctionnements, épingler d’éventuelles violations de leurs droits et contribuer par leurs propositions pratiques, à la réforme législative, judiciaire et administrative ». Vue sous cet angle, la création du Forum “Justice et Vérité” en 1999, qui a coïncidé avec l’avènement du gouvernement d’alternance et du nouveau règne, peut être appréhendée comme le couronnement d’un processus de réconciliation qui mûrit au fil des ans. Depuis cette date jusqu’à aujourd’hui, le CCDH s’est penché sur l’examen d’environ 6.000 dossiers concernant les années de plomb et environ 5.000 personnes ont été indemnisées pour un montant global de 100 milliards de centimes ; ce qui est en lui-même l’excuse et la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat dans ce dossier, selon les propos de Abbas El Fassi, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal et ministre d’Etat. Dès le dahir portant création de cet organisme, il a été signalé que le CCDH a été constitué « pour que le Royaume du Maroc demeure au coeur de la dynamique de son ère , toujours fidèle à ses engagements internationaux dans le domaine des droits de l’Homme, apte à relever les défis du XXIème siècle , et en parfaite harmonie avec son histoire et sa civilisation éternelle, basée sur la volonté divine d’honorer l’homme, et sur les vertus de la liberté, l’égalité, la paix, la fraternité, la tolérance, la modération et le rejet de l’injustice ». Mais, ni ces efforts, ni ces arguments n’arrivent à convaincre certains anciens éléments de la gauche. Trois positions en fait se dégagent du débat en cours à ce sujet. Une grande partie des victimes des années de plomb ou de leur famille ont accepté l’indemnisation, comme c’est le cas pour la majorité des membres du groupe Banou Hachem, tous les détenus de Tazmamert et la plupart des militants de l’opposition dans les années soixante et soixante-dix. Une autre partie d’acteurs politiques se sont contentés de revendiquer un dirham symbolique, comme c’est le cas pour Mohamed Elyazghi, Hamid Barrada et Abraham Serfaty. Enfin, un groupe d’anciens détenus refuse de composer à ce niveau. Il s’agit certainement d’une minorité qui ne dépasse probablement pas les 15% des membres du Forum “Justice et Vérité”. Mais ce sont eux qui font le plus entendre leur voix ; surtout sachant que de nombreux dossiers restent encore non résolus dont, en premier lieu, ceux des disparitions forcées. Les cas de Mehdi Benbarka, de Abdelhaq Rouissi et de Houssine Manouzi sont les plus connus à cet effet. Cela dit, il n’en demeure pas moins important de rappeler que la création de l’Instance “Equité et Réconciliations” est venue apporter un atout supplémentaire au dispositif mis en place dans le sens du dépassement des séquelles du passé. Bon nombre de réticences vis-à-vis de cette instance ne sont, en fait, que des réactions à la nomination de Driss Benzekri comme secrétaire général du CCDH et président de l’Instance précitée.

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