De l’autocratie, d’abord

Ils faisaient vibrer le monde des déshérités et des révoltés de toutes parts. Ils prêchaient le changement et voulaient s’ériger en fédérateurs des tribus, des clans et des classes, unificateurs et défenseurs des peuples. Ils sont venus, généralement, sinon toujours, au pouvoir sur les dos des chars, et personne ne les critiquait, ou n’osait le faire publiquement, ni s’interrogeaient sur leurs destins. Ni sur celui de leurs pays.
Plus grave encore, personne ne soupçonnait, à un moment ou un autre, que derrière le discours pompeux de la révolte et du sacrifice pour les idéaux de la libération et de la justice sommeillait une véritable aspiration à la mise en place de nouveaux régimes héréditaires. D’abord, c’est au nom de la guerre contre le colonialisme et ses agents à l’intérieur, que les nouveaux régimes ont fondé leurs propagandes. Le panarabisme, en tant que véritable soupir de l’homme exploité, assujetti et constamment en quête d’un antidote hypnotisant contre tous les maux du sous-développement, de la pauvreté et des injustices qu’il rencontre dans sa vie quotidienne, a permis le maintien des masses à l’écart de la gestion de la chose publique. Gamel Abdennacer avait probablement un projet de société. Mais, celui fut plus une réaction à un rapport de force ambigu, flou et imaginaire plutôt qu’un projet conçu pour survivre au-delà de l’instant passager. Ce qui explique les multiples contradictions de ce régime qui penche aujourd’hui vers le retour à une monarchie déguisée.
Les Batistes de Michel Aflaq, aussi bien en Syrie qu’en Irak, voulaient, quant à eux, fonder leur cité platonique, autour d’une panacée idéologique englobant à la fois le socialisme et sa connotation de classe, et le panarabisme transnational. Mais tout en ménageant la religion. Le Moyen-Orient, rappelle –t-on, est en même un espace pour les minorités religieuses et ethniques (Coptes, Kurdes, etc…).
Tirant profit des aléas imposés par la guerre froide, ces régimes ont pu survivre, sans se soucier des fondements de leur pouvoir. Sans traverser les ponts démocratiques. Alors que de l’autre côté, des monarchies s’attachaient à la vie, à travers le recours à l’aide étrangère ou à des forces nationales. Mais, toujours est-il que dans cette lutte multidimensionnelle et à diverses facettes, ces monarchies, qualifiées de réactionnaires et taxées d’archaïsme, ont eu, au moins le mérite d’être claires à l’égards de leur peuple. Il n’est, donc, nullement dû à un pur hasard, de voir depuis l’effondrement du Mur de Berlin en 1989, que les ouvertures des régimes ne connaissent désormais plus de frontières entre les Républiques et les Royautés.

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