De l’Unité des Etats

A chaque fois que l’occasion se présente, on ne cesse de dire qu’entre les pays du Maghreb, il y a plus d’éléments qui poussent à la complémentarité et à la coordination qu’il y a de facteurs de dissension et d’antagonisme. Pourtant, ce sont ces facteurs, qui alimentent la tension, qui caractérise cet ensemble géographique.
Faisons, donc, de la science-fiction et imaginons ensemble le scénario possible de l’unité du Maghreb suivant : nous avons une Libye de moins de 5 millions d’habitants, avec ses richesses pétrolières, ses 1600 km de côte et ses besoins énormes en mains d’oeuvre et/ ou qualifiées ainsi qu’en matière grise et en haute technologie. Nous avons, juste à côté, une Tunisie, petit pays d’environ six millions d’habitants, mais attractif sur le plan touristique, compétitif sur les plans économique et commercial (avec ses phosphates et ses agrumes).
Nous avons, également, l’Algérie, un Etat pétrolier d’une population de quelque 24 millions d’habitants, ayant expérimenté la voie de la nationalisation de l’économie et de l’industrialisation à grande échelle. A ces trois pays s’ajoutent le Maroc, le pays le plus peuplé de la région, potentiellement attractif sur le plan touristique et économique, avec ses 3600 km de côte et ses performances dans le domaine agricole, et la Mauritanie, le pays qui préserve au Maghreb ses racines africaines, avec ses richesses halieutiques.
Stratégiquement, l’unité de ces cinq pays est à même de les doter d’une force sans égale en Afrique et dans le Monde arabe. Puisqu’il s’agira d’une entité multidimensionnelle ayant des fenêtres sur les continents d’Europe et d’Amérique et constituant des passages obligés vers l’Afrique subsaharienne et le reste du Monde arabe. Mais, toutes ces données (ajoutées à d’autres facteurs d’unification, telle l’adoption de la langue arabe, l’Islam et une histoire de lutte en commun), n’arrivent pas à se traduire en termes de complémentarité et de synergies. Le Maghreb des peuples, tant proclamé et attendu, continue à se heurter à celui des Etats. Faute de démocratie et de participation réelle et effective des masses aux politiques de leur pays, le projet unitaire trébuche.
En Libye, la formule des commissions populaires tarde à garantir l’expression libre des citoyens et ne garantit nullement la mise à niveau du système politique en cours. En Tunisie, et en dépit des atouts et acquis dont dispose ce pays, sur les plans sociaux et économiques, l’étau ne cesse de se resserrer autour des forces politiques et des diverses composantes de la société civile, toutes tendances confondues. L’Etat algérien n’est pas non plus épargné sur ce registre. L’avortement des élections législatives de 1991 a poussé le pays dans le gouffre de la guerre civile et le tourbillon des émeutes.
Pour la Mauritanie, la situation n’est pas aussi dramatique sur le plan humain, mais toujours est-il que le pays est pauvre et ne saurait répondre aux besoins de sa population. Bref, seul le Maroc connaît des avancées notables dans le domaine des libertés publiques et individuelles, mais fait constamment face à des difficultés financières et économiquesl’avènement de la démocratie sans quoi toute unité et tout développement seraient inachevés et susceptibles de connaître de mauvaises surprises.

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