Des alliances déjà formées : La majorité a-t-elle encore un sens ?

Des alliances déjà formées : La majorité a-t-elle encore un sens ?

Quand on voit ce qui se passe sur la scène politique, notamment les alliances qui ne coïncident pas toujours avec la configuration actuelle de la majorité, une question vient automatiquement à l’esprit : Comment l’équipe de Abbas El Fassi arrive-t-elle encore à faire un travail collectif ? La majorité n’est-elle pas mise à mal, voire en contradiction avec les regroupements actuels ?
Les partis composant cette coalition se focalisent désormais sur la préparation de l’étape postélectorale chacun à sa manière et en fonction de ses intérêts et de sa stratégie. En même temps, le gouvernement, lui, est bien obligé de faire encore bloc pour défendre et faire passer des textes au Parlement. C’est notamment le cas pour les lois électorales. Et ce sera encore plus le cas quand, le 22 octobre, le projet de loi de Finances 2012 sera déposé devant les élus. Déjà au mois d’août, le Rassemblement national des indépendants (RNI) et le Mouvement populaire (MP) avaient choisi de coordonner avec deux partis de l’opposition, à savoir le Parti authenticité et modernité (PAM) et l’Union constitutionnelle (UC), dans le cadre de l’alliance libérale des quatre. L’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS) ont essayé, dans un premier temps, de se positionner dans le cadre d’une alliance de gauche avant de se rabattre sur la Koutla démocratique. Et pour compléter le tableau, le parti de l’Istiqlal, qui dirige le gouvernement, a tenté de s’accrocher à sa majorité avant d’opter pour la relance de la Koutla, pratiquement au point mort depuis plusieurs années. Ainsi, bien que ses différentes composantes ne cessent de déclarer qu’elles demeurent engagées envers elle jusqu’à la fin de son mandat, la guerre des alliances a fini par affaiblir notablement la majorité de M. El Fassi. Certains parlent même d’un éclatement de la majorité.
«L’éclatement de la majorité c’est trop dire. L’éclatement voudrait dire que certaines composantes de la majorité ont quitté le gouvernement et ce n’est pas le cas. Ce qui se passe actuellement au niveau du gouvernement, nous l’avions bien exprimé dans un communiqué récent. Nous avions dit qu’il y avait un manque d’homogénéité et de clarté entre les composantes de la majorité», souligne Nabil Benabdellah, secrétaire général du PPS. Le fait que le MP et le RNI s’acheminent vers la coordination de plus en plus étroite avec le PAM et l’UC n’a pas été au goût du parti du livre. Ce parti qui a tenté, lui aussi, de lâcher Abbas El Fassi en ressuscitant le rêve de la grande famille de gauche unie, préfère que la majorité actuelle reste soudée durant ses derniers jours. «Ce que nous souhaitons actuellement c’est que les autres composantes respectent leurs engagements pour les deux mois qui restent dans la vie du gouvernement actuel. Par la suite, chacun sera libre de se positionner dans l’alliance qu’il souhaite», ajoute M. Benabdellah. Et de préciser que «ce qui a fait désordre c’est que certaines composantes de la majorité ont présenté des amendements communs avec des partis de l’opposition en ce qui concerne les lois électorales. Cela ne contribue nullement à clarifier la scène politique».
Le parti de l’Istiqlal, qui au départ s’est résigné au silence dans les jours qui ont suivi l’annonce de la mise en place de l’alliance des quatre, est sorti dernièrement de sa réserve. Tout en critiquant ouvertement la démarche du RNI et du MP, le parti de la balance a multiplié les démarches pour ressouder sa majorité. «Il est malheureux de constater que la majorité se trouve dans l’opposition et que l’opposition se trouve dans la majorité. Après trois décennies de l’indépendance, le Maroc n’a jamais connu une majorité cohérente qui tient la route jusqu’à la fin ni une opposition forte. Ceci s’explique, principalement, par l’entrée en scène à chaque étape de l’histoire politique du Maroc d’un parti de l’administration», explique M’hamed El Khalifa, membre du comité exécutif du parti de l’Istiqlal (PI). «L’incohérence et l’absence d’homogénéité dont souffre la majorité actuelle ne changent pas grand-chose car nous nous sommes habitués à de telles situations. Il est temps de rompre avec de telles pratiques malsaines afin de redonner confiance aux citoyens et de donner une certaine crédibilité à l’action politique», ajoute M. Khalifa. Partant d’un constat réaliste, les deux partis ayant rejoint l’alliance des quatre regroupant des partis de l’opposition voient les choses autrement. Ils estiment, pour leur part, que la majorité actuelle n’a plus aucun sens. Pour eux, le fait de préparer la prochaine étape politique postélectorale ne contredit en rien leur engagement vers un gouvernement sortant. «La nouvelle Constitution met fin à l’étape de transition. Il est temps de passer au stade supérieur. A un certain moment, nous avons soutenu la majorité, mais l’heure est à la mise en place d’alliances homogènes du point de vue idéologique», précise Lahcen Hadad, membre du bureau politique du Mouvement populaire (MP). «La majorité actuelle n’est pas cohérente. Par contre, les quatre partis libéraux vont constituer une alliance homogène. Nous allons rester ensemble soit au niveau de la majorité gouvernementale, soit au niveau de l’opposition», indique M. Hadad. Le MP affirme, de plus, que la coordination entre les quatre alliés ne vise nullement à affaiblir la majorité actuelle. «Nous n’avons jamais pris de décision contre la majorité. Le problème est que certains partis ont peur de la mouvance des quatre parce qu’il y a du travail qui se fait à ce niveau», indique-t-il. Le RNI apporte, pour sa part, une analyse qui diffère fondamentalement des arguments avancés par le MP. Selon lui, le rapprochement entre le RNI, le MP, le PAM et l’UC est de nature à renforcer la majorité et non pas l’affaiblir. «La majorité actuelle n’a pas éclaté. Elle a été, en réalité, dynamisée», note Abdelaziz Alaoui Hafidi, membre du comité exécutif du parti de la colombe. «Pour ce qui est de l’élaboration des lois électorales, lorsque nous amenons deux partis de l’opposition à présenter des amendements qui sont les mêmes que ceux adoptés par des partis de la majorité, cela est de nature à renforcer la position de la majorité. De plus, il s’agit de textes qui ont fait l’objet d’un consensus entre les différents partis dans le cadre d’un processus de concertation parrainé par l’Intérieur», ajoute-t-il. Et de préciser que «si les textes électoraux étaient prêts le 1er juillet dernier, on aurait pu tenir des élections directement après l’adoption de la nouvelle Constitution et on aurait pu avoir une nouvelle majorité. Mais tel n’est pas le cas aujourd’hui, nous nous attelons aujourd’hui à l’élaboration de ces textes qui sont d’ailleurs valables pour la majorité et pour l’opposition». Cela dit, les positions des partis divergent à propos du qualificatif à donner à la situation de l’actuelle majorité : éclatée, affaiblie, peu homogène ou renforcée, redynamisée, ressoudée …. Selon les observateurs, la réponse à cette question importe désormais peu à partir du moment où le compte à rebours pour le 25 novembre a commencé. L’essentiel est que la prochaine majorité qui verra le jour après les élections sera forte, homogène, dynamique, démocratique et porteuse d’idées novatrices pour pouvoir assurer la mise en œuvre optimale des dispositions avant-gardistes de la nouvelle Constitution. Le défi est énorme pour le prochain chef de gouvernement.

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