Des crimes de plus en plus crapuleux

Il y a seulement quelques jours à la ville de Chefchaouen, cinq personnes de la même famille, dont trois enfants, sont assassinées. Leurs cadavres ont été découverts séparément à l’intérieur des chambres, avec des traces de torture et des blessures graves. Le jeune clerc de notaire assassiné affreusement il y a quelques mois ou encore l’affaire de l’agent immobilier qui liquidait froidement ses victimes parmi lesquelles des amis à lui, la fille dont on avait trouvé le corps sans tête et sans membres au quartier le Gironde, etc. Après un tour rapide, l’on peut voir un point commun entre tous ces crimes perpétrés dans différentes régions: l’amour, la passion ou l’adultère. A ce rythme, l’on a l’impression que cela devient périodiquement organisé. Ça ne s’arrêtera donc jamais ? Probablement pas.
Car tant qu’il y aura des êtres nombrilistes estimant que leur partenaire doit leur appartenir corps et âme, des gens risqueront leur vie au moindre signe d’émancipation. « L’expérience nous apprend que les suicides et homicides par amour ne relèvent nullement de l’intensité de l’amour, ni de la qualité inouïe de la passion, mais uniquement d’insuffisances graves dans la personnalité du coupable», écrivait le célèbre psychiatre et criminologue, Etienne de Greeff.
Depuis quelque temps, des crimes horribles sont perpétrés dans notre pays. Il ne s’agit pas de tueurs en série, mais des cas isolés qui font la une des journaux, car ils sont accompagnés d’horreur en mutilant les cadavres ou en les découpant en morceaux pour les ranger tranquillement dans des sacs de plastique et les déposer calmement quelque part dans la nature.
Un crime passionnel ou un acte vengeur sont les aspects dominants dans ce sens. Entre la réalité et la fiction, il n’y a qu’un fil. La littérature classique et policière regorge de ces crimes passionnels où l’amant assassine son amoureuse (ou le contraire) parce qu’il ne peut supporter l’idée d’être éconduit, ou encore par simple vengeance.
Mais le traitement journalistique accordé au crime passionnel diffère, selon que le meurtre a été commis par un homme ou par une femme. Si c’est l’homme qui a tué, on dira par exemple qu’il était en état de détresse, on parlera de «provocation» de la part de la victime, on écrira que la femme avait un comportement «ambigu». Par contre, la femme accusée de meurtre sera souvent taxée d’instigatrice, comme si par ses agissements, elle avait elle-même incité l’homme à la violence. Avec la publication de photos «ensanglantées» le crime prend une autre définition dans l’esprit des gens. La vie, en outre, est composée des choses les plus différentes, les plus imprévues, les plus contraires, les plus disparates. Elle est brutale, sans suite, sans chaîne, pleine de catastrophes inexplicables, illogiques et contradictoires qui doivent être classées au chapitre faits divers.
Le nombre des gens qui meurent chaque jour par accident est considérable sur la terre. Est-ce la réalité ? Ce serait enfantin de croire à la réalité, puisque nous portons chacun la nôtre dans notre pensée et dans nos organes ! Nos yeux, nos oreilles, notre odorat, notre goût, différents, créent autant de vérités qu’il y a d’hommes sur la terre. Et nos esprits qui reçoivent les instructions de ces organes, diversement impressionnés, comprennent, analysent et jugent comme si chacun de nous appartenait à une autre race. Le meurtrier, comme chacun de nous, se fait donc simplement une illusion du monde, illusion poétique, sentimentale, joyeuse, mélancolique, sale ou lugubre, suivant sa nature. Et les partisans de l’objectivité prétendant, au contraire, donner la représentation exacte de ce qui a lieu dans la vie, évitent avec soin toute explication compliquée, toute dissertation sur les motifs, et se bornent à faire défiler les personnages et les événements. Or ces fanatiques de la souffrance ne sont, pour eux, ni des clients de tous les jours de la prison, ni des mythes admirables : ils sont ceux qui pensent, organisent et exécutent les macabres mises en scène trouvées sur les scènes de crime. Le comment et le pourquoi demeurent une variable dépendant de chaque cas de figure.

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