«Des déclarations qui inquiètent»

ALM : Vous considérez que la stratégie de communication adoptée par M. M’hamed Boucetta comme étant positive. Cependant vous contestez certaines idées du nouveau président de la commission consultative pour la réforme de la Moudawana. En quoi consiste votre contestation ?
Rabéa Naciri : La réaction de l’ADFM concerne essentiellement l’interview accordée par Maître Boucetta au « Journal hebdomadaire » du 08/02/03, dans laquelle et sans à propos, maître Boucetta a mis sur le tapis le PACS (Pacte civil de solidarité) en disant qu’il n peut être d’accord avec les dispositions de ce dernier. Telle qu’amenée, la déclaration de Maître Boucetta peut laisser supposer à l’opinion publique que le PACS fait partie des revendications de l’une ou de l’autre partie concernées par le dossier de la Moudawana. Ce qui est, à notre connaissance, absolument infondé.
A l’occasion d’une réunion des adhérentes de l’ADFM , j’ai posé la question pour savoir qui connaît le PACS, et naturellement, une infime minorité savait ce que cela veut dire. En sachant que Maître Boucetta n’est pas n’importe qui et surtout, que c’est un homme politique expérimenté, de telles déclarations sont inquiétantes car le dossier de la réforme de la Moudawna est déjà un sujet très sérieux et suffisamment complexe.
Le fait d’avoir cité M. Saâd-eddine El Othmani met-il en doute la crédibilité de Maître Boucetta en ce qui concerne ce sujet ?
Nous avons également été étonnées par le fait que Maître Boucetta, toujours dans la même interview, cite Monsieur Othmani. Nous posons la question de savoir pourquoi lui et pourquoi uniquement lui ? Nous aurions compris, à la limite, que Maître Boucetta cite Monsieur Othmani si ce dernier était, par exemple, une référence dans le domaine juridique ou dans les études islamiques. Mais, à ma connaissance, Monsieur Othmani est médecin. La seule interprétation que je puisse, personnellement, faire est que de telles déclarations font partie d’un jeu politicien qui, à mon avis, ne peut mener ni le dossier de la réforme de la Moudawana ni le pays, d’une façon plus générale, très loin.
Avez-vous établi un contact avec M. Boucetta à ce propos ? et quel a été sa réaction ?
L’ADFM est membre du collectif Printemps de l’égalité qui est une coalition composée de plusieurs associations sur l’ensemble du territoire du pays et ce collectif a demandé, depuis près de deux semaines, un entretien avec Maître Boucetta. Malheureusement, nous n’avons pas eu la possibilité de le rencontrer à ce jour et nous attendons toujours.
Pourquoi craignez-vous que l’évocation du PACS par M.Boucetta enduirait l’opinion publique en erreur alors que vous confirmez que peu de Marocains et de Marocaines connaissent ce PACS ?
C’est vrai que très peu de marocains connaissent le PACS, mais les lecteurs de certains journaux islamistes, notamment les organes du Parti de Monsieur Othmani, doivent le connaître ou du moins sont supposés le connaître car leur presse a été la seule au Maroc à mener une campagne contre quelque chose qui n’intéresse pas les Marocains ni les Marocaines. Mais quand c’est Maître Boucetta, en sa qualité de président de la commission de la réforme de la Moudawana, qui en parle, les effets ne sont pas les mêmes car l’opinion publique suit avec intérêt ce dossier et les déclarations de Maître Boucetta sont décortiquées. C’est vrai que décider de communiquer sur cette question est une bonne chose mais à condition d’aller vers l’essentiel et vers les problèmes réels sans essayer d’en inventer de nouveaux. La responsabilité de Maître Boucetta et de l’ensemble des membres de la commission de réforme est historique car des millions de femmes marocaines attendent que des solutions soient trouvées à des souffrances et des injustices quotidiennes et avec elles, des millions de femmes dans le monde arabe qui espèrent que le Maroc va donner l’exemple pour les autres pays de la région.

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