Des élus et des ambitions

«Le Maroc est en train de vivre une révolution positive», commentait à chaud, mercredi, un entrepreneur au sortir de la cérémonie de présentation de la lettre royale adressée au Premier ministre au sujet de l’investissement.
Une «révolution» à laquelle le Souverain associe tous les acteurs. Gouvernement, walis, gouverneurs et présidents de communes. L’Etat a su mettre en place localement les acteurs qu’il considère comme étant à même de mener à terme ce tournant. Les partis ont-ils les moyens de s’inscrire dans la foulée?
La question qui se pose aujourd’hui avec une acuité nouvelle, c’est quel vis-à-vis les formations politiques opposeront-elles au niveau local à ces représentants de l’autorité, investis de nouvelles et énormes responsabilités ?
En d’autres termes, les élus locaux seront-ils à la hauteur de cette nouvelle opportunité ? sauront-ils prendre le train en marche? A l’heure qu’il est, rien malheureusement ne permet de l’affirmer. L’histoire récente des collectivités locales marocaines a été trop souvent émaillée de scandales financiers, de gestion désastreuse, de missions d’inspections. Du temps de Ahmed Midaoui, l’ex-ministre de l’Intérieur, elles avaient pris une cadence quasi-quotidienne. Des présidents de commune ont été destitués par décret du Premier ministre, d’autres ont été arrêtés par la police judiciaire pour émission de chèques sans provisions, d’autres encore ont été alpagués par la presse dans des affaires de détournement.
L’impunité qui avait longtemps régné, avait laissé s’ancrer une notion personnelle de la gestion de la chose publique. Marchés publics, gestion du patrimoine foncier, octroi d’autorisations, déblocage de budgets étaient souvent, trop souvent, émaillés d’irrégularités en tous genres.
Sans compter l’arpentage des failles de la charte communale de 1976, sport auquel certains élus s’adonnaient avec assiduité, et qui couvrait tous les écarts. Normal, quand on sait quelles sommes sont dépensées pour des campagnes électorales qui en principe débouchent sur des responsabilités de quasi-bénévolat.
Dans cet état de choses, les partis politiques endossent une grande part de responsabilité. Si les choses en sont arrivées à ce point, c’est que les formations politiques ont failli dans leur mission d’encadrement de la population. C’est qu’elles sont passées à côté de l’un de leurs premiers devoirs civiques, celui de présenter à l’approbation citoyenne, des candidats qualifiés humainement, moralement et techniquement pour la gestion de la chose publique. Malheureusement, les calculs politiciens ont souvent occulté cet impératif, propulsant à des postes de décision des personnes dont au moins l’incompétence, allait se répercuter lourdement sur le développement local. Si l’Etat a pris aujourd’hui les choses en main, ce n’est qu’un pis- aller nécessaire, qui ne saurait occulter l’urgence d’une mise à niveau des élus locaux.
Sous d’autres cieux, l’étude de l’évolution des profils des élus locaux, a été érigée en science à part entière, donnant lieu à des recherches très approfondies. On en est déjà à la « sociologie électorale» et «l’anthropologie politique». Etroitement liés avec l’esprit même de la décentralisation, des parallèles sont en permanence établis entre l’évolution sociologique des élus locaux en termes d’âge, de profession, de qualification et le niveau de développement local. Le tir est en permanence rectifié par les partis politiques lors du choix de leurs candidats.
Au Maroc, la décentralisation a fait ses premiers pas dans les années 1960 déjà. Quatre décennies qui auraient pu être mises à profit. Pour que les élus locaux, en tant qu’expression de la souveraineté populaire, soient aujourd’hui la locomotive des initiatives de l’Etat, et non pas un wagon à la traîne.

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