Des mesures sans contrôle

Des mesures sans contrôle

ALM : Tout d’abord en quoi consistait la stratégie « pour une pêche responsable et durable » pour la préservation des ressources halieutiques ? Et quels sont les points qui ont posé problème ?
Abderrahman El Yazidi : La stratégie consistait, en ce qui concerne la pêche côtière, à limiter géographiquement les zones de pêche en les concentrant entre le parallèle 26°00 mn au Nord, c’est-à-dire Boujdour, et la parallèle 20°00mn au Sud, à savoir la frontière entre le Maroc et la Mauritanie.
La flottille de pêche côtière devait également être revue à la baisse, en étant limité à 100 bateaux au lieu de 300. D’autant que ces bateaux ne devaient plus pêcher dans d’autres zones. Le maillage devait, quant à lui, être au minimum de 70 mm, avec une période de tolérance de 6 mois où un maillage de 60 mm pouvait être utilisé, et ce au même titre que la pêche hauturière. Adoptées le 12 avril dernier, ces mesures ont été rejetés en bloc par les professionnels de la pêche côtière. Ceci, pour la simple raison qu’ils n’ont pas été impliqués dans l’élaboration de cette stratégie. Résultat, tous les 300 bateaux de la pêche côtière sont actuellement en activité et continueront jusqu’à l’épuisement de leur quota. L’anarchie est de nouveau de mise.
Qu’entendez-vous par anarchie? Et quelles sont les raisons qui ont fait que les objectifs escomptés ne peuvent pas être atteints ?
Les objectifs tracés par la stratégie s’écroulent comme des châteaux de cartes. Cette stratégie avait pour premier objectif la sédentarisation de la pêche, ce qui est loin d’être gagné d’avance puisque une fois le quota épuisé, les bateaux repartiront pêcher ailleurs. Autre objectif: limiter l’effort de pêche. Or, il n’y a pas eu de véritable baisse d’activité. Bien au contraire, puisque certains pêcheurs, liés politiquement au ministre de la Pêche, appartenance partisane oblige, n’hésitent pas à utiliser un maillage de 50 mm et échappent à tout contrôle. Les autorités régionales compétentes sont bel et bien au courant, mais elles disent ne pas avoir reçu d’instructions pour faire face à ce genre de pratiques. Pis encore, comment peut-on limiter cet effort alors que la liste des 100 bateaux autorisés à pêcher n’a pas encore été diffusée? Nous nous trouvons donc face à des mesures dont les intentions sont diamétralement opposés à ce qui se passe en réalité.
Doit-on dans ce cas parler d’incompétence ou de volonté de profiter à certains sans les autres ?
L’incompétence dans ce cas de figure est doublé d’une réelle volonté de profiter moins au secteur qu’à ses proches, en fermant l’oeil devant un véritable scandale. Il est clair que la préservation des ressources est le cadet des soucis de M. Ghafes.
Et je ne vous parle pas de la pêche artisanale qui, elle, échappe à tout contrôle possible. Car comment voulez-vous contrôler quelque 7.000 barques éparpillées dans des zones isolées, et dont le nombre devait, selon la stratégie précitée, être limité à 2.500 barques, quand vous n’arrivez pas à contrôler quelque centaines de grands bateaux ?
A qui aura finalement servi le repos biologique qui a duré plus de huit mois et demi ?
Le repos biologique n’a servi que quelques personnes, notamment les grands groupes de pêche hauturière qui ont bénéficié de quotas transférables entre bateaux appartenant à différents groupes, avec à la solde des arrêts plus fréquents d’activité et les dommages qu’ils impliquent sur les marins. Il a également profité aux unités de congélation qui se sont converties dans la pélagique. Le grand perdant n’est autre que l’Etat, mais aussi ces milliers de prolétaires touchés de plein fouet dans leur pain quotidien.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *