Des réseaux de la drogue au Maroc

L’Observatoire géopolitique des drogues (OGD) avait sonné le tocsin en 1994. Selon le rapport confidentiel émis par cet organisme, le Royaume est le premier exportateur mondial et le premier fournisseur de l’Europe.
Une place qu’explique en grande partie, la position géographique du Royaume, plateau de choix pour trafiquant de tout poil.
A l’époque, le rapport en question s’était même permis des estimations, en soulignant qu’environ 200 000 agriculteurs du Nord , sans doute découragés par la faible rentabilité des cultures licites, s’adonnaient à cette activité. Tentative de blanchiment des réseaux européens présentés jusqu’à alors comme les maîtres et les destinataires du trafic qui traverse le Maroc de part en part ? Le document rompt avec cette vision classique en faisant porter le chapeau à des réseaux bien marocains, hiérarchisés et organisés.
Comme dans l’industrie du textile, la drogue a aussi ses donneurs d’ordre, situés pour ce dernier exemple, au sommet. D’après le rapport, ce sont «les commanditaires qui gèrent financent et contrôlent par intermédiaires interposés, la commercialisation». La corruption se charge quant à elle d’huiler le moteur et de souder toute la chaîne allant du sommet à la base.
L’étude, fracassante à l’époque, n’avait pas hésité à citer des noms dont celui d’un ancien gouverneur du Nord, lequel a donné à l’activité une structuration «productive». Egalement mis en cause, d’autres barons, une petite communauté de cols blancs dont l’influence s ‘étendait aux Chambres de commerce au Parlement. Quels changements sont intervenus onze ans plus tard ? En 2002, soit huit ans après le rapport d’OGD, rien n’avait changé. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanes attribuait l’origine de 90% du haschich saisi en Europe en 1999 au Rif marocain, où il constitue la principale activité agricole. Entre 1993 et 1998, le plant de cannabis a vu sa superficie passer de 64 000 à 74 000 hectares. Le rapport s’autorise même des pronostics en déclarant que le Maroc est capable d’exporter plus de 1 000 tonnes de haschisch par an.
Récemment, le très sévère Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) indiquait dans un rapport que 60 à 70% de la résine de cannabis saisie en Europe provenait du Maroc. Pour une fois, ce n’est pas seulement la région nord qui est ciblée, mais des zones situées plus à l’Ouest et au Sud du pays. A souligner que ce leadership est loin de profiter au Maroc puisque d’après le rapport 98% des recettes profitent aux pays consommateurs. Même en étant illicite, la drogue, comme le cacao et le pétrole, reste soumise aux lois du partage des recettes selon la mondialisation.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *