Des villes à couteaux tirés

Hay Hassani-Ain Chok, à Casablanca. Une circonscription qui regroupe le territoire de la préfecture englobant Sidi Maârouf, Lissasfa et Bouskoura, Dar Bouazza, Oulfa, en plus de Hay Hassani et Aïn Chok.
Circonscription dont une large partie est à vocation industrielle, l’autre étant agricole. Outre le fameux quartier des affaires à Sidi Maârouf. C’est une population de l’ordre de 503.679 dont 296.564 inscrits sont appelés à départager les 26 listes, totalisant 130 candidats pour 5 sièges.
Appréciant à juste titre l’importance de la circonscription, les partis en lice ont choisi de grosses pointures pour les têtes de liste. Une lutte de titans en perspective.
Le manitou de Hay Hassani pendant des années, l’ancien Union constitutionnelle, Mohamed Kemmou, stratège reconnu des opérations votatives, est tête de liste du mouvement populaire. Kemmou, une valeur électorale sure il y a quelque temps, peut-il dépasser le handicap du passé, lui qui a été destitué de la présidence de la commune, et surtout faire face à des candidats concurrents pour le moins coriaces?
Difficile de dire que M. Kemmou ne passera pas pour la simple raison qu’à chaque fois qu’il prend part à une élection, il gagne. Il nous a habitués à gagner, avec tous les moyens possibles et imaginables, son génie aidant. Mais les donnes ont changé et on risque de ne plus avoir de Kemmou au Parlement.
Face à M. Kemmou, on trouve Me Abdellah Firdaous, son ex-frère du temps où le premier était encore Union constitutionnelle. Les deux hommes se connaissent trop bien pour avoir été du bureau politique de l’UC. Mais l’avocat Firdaous, président de la jeunesse destourienne, compte sur la réhabilitation du parti aux yeux des habitants depuis l’élection à sa tête de Mohamed Abied et le poids des rajaouis dans la circonscription… La bataille n’est pas gagnée d’avance pour l’ancien dirigeant du Raja, mais il peut surtout compter sur les faiblesses de ses adversaires…
Signe des temps, un troisième candidat, qui est lui aussi passé par l’UC, est tête de liste de sa formation à Hay Hassani. Il s’agit du président de l’Alliance des libertés, Ali Belhaj. Député sortant, président de la commune de Dar Bouazza, M. Belhaj se présente en tant que tête de liste ADL dans une circonscription qu’il ne connaît que trop bien. Mais pas au point de pouvoir affiner sa stratégie pour dépasser ses concurrents.
Ses calculs sont logiquement recevables. Il compte sur un raz-de-marrée à Dar Bouazza, son fief, et des voix glanées par ci par là, avec une percée probable à Bouskoura et certains bureaux de vote à Sidi Maârouf. Le président de la commune de Bouskoura, M. Dakir, un ex-dignitaire du RNI, se présente lui aussi dans cette circonscription que l’on qualifie de coupe-gorges.
Jamais le RNI n’a pu résister au niveau des législatives dans ce haut lieu rurbain où le citadin côtoie le rural dans une parfaite symbiose. M. Dakir, député sortant, risque-t-il son fauteuil ou a-t-il bien mesuré ses chances cette fois-ci sous les couleurs de l’Union démocratique, méconnue jusqu’alors ? S’il compte sur Bouskoura uniquement, il risque de rester sur le carreau, sachant que l’électorat de Sidi Maârouf n’est pas prêt de changer de bord. D’autant plus que l’expérience de l’ex-président de la commune, M. Ghazali, un notable RNI, l’a échaudé…C’est d’autant plus grave que M. Dakir a été mêlé au scandale des lots fictifs dont le mis en cause est un certain Tqalia…
Deux candidats peuvent logiquement émerger du lot. L’usfpéiste Mohamed Karam qui malgré son éclipse suite à l’invalidation de son élection en 1993 face àfeu Maâti Bouabid en 1993, préserve ses chances et pourrait faire valoir ses qualités et son obstination. Mais son handicap est son deuxième de liste, Assia Akesbi, alors que les ittihadis s’attendaient sinon à un gros calibre pour seconder M. Karam, du moins à Farid Tiddar, président de la commune de Sidi Maârouf, qui est arrivé troisième sur la liste. Mais en usant de la solidarité face à l’adversité, la liste USFP reste bien placée dans la circonscription. Nombreux sont les usufruitiers qui regrettent qu’un Brahim Rachidi ne soit pas de la fête.
Le parti y perd facilement des voix dans une circonscription que le député sortant de Sidi Maârouf maîtrise comme personne d’autre…
C’est avec un peu moins de chances qu’Abdelouahed Souhail, membre du bureau politique du Parti du progrès et du socialisme, dirige la liste de son parti dans cette opération. Une liste qui brille par la qualité de ses membres et par l’attrait que continue à avoir le PPS dans les zones périurbaines de la capitale économique. L’ancien PDG du CIH inspire confiance et traduit la mutation du PPS d’un parti communiste orthodoxe en un parti social-démocrate.
Autre figure dans cette circonscription : Mohamed Habib Zemrani, ancien président de l’équipe phare du quartier Chabab Hay Hassani, aujourd’hui reléguée aux oubliettes. Actuellement dirigeant du Wydad, ancien UC, il se présente tête de liste PND. Un choix que le parti d’Abdallah Kadiri risque de payer cher. Tout aussi bien que la tête de liste FFD, ancien MP, celui qui a pris la place de Kemmou à la présidence de Hay Hassani, Mustapha Boudraâ. Analphabète, patron d’une série de laboratoires de photos, il est secondé par des spécialistes de l’aviation civile. Le deuxième est pilote et le troisième mécanicien d’avions. De la haute voltige. Quant au Parti de la justice et du développement, il a choisi pour tête de liste Mohamed Khalil.
Une liste qui joue plus sur le programme et le parti que sur les profils des candidats. Entre gros calibres de la politique, de dignitaires qui ont fait le tour de tous les appareils partisans, des notables ayant gagné leur rang par l’argent facile, la circonscription d’Ain Chock Hay Hassani donne l’image d’une lutte acharnée entre le passé et l’avenir, entre le Maroc ancien et le Maroc nouveau. Tous les ingrédients sont là. Y compris ceux d’une votation explosive…

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