Dialogue 5+5 : Quelle efficacité?

Dialogue 5+5 : Quelle efficacité?

ALM : Quelle est l’importance du dialogue 5+5 qui se tient demain à Rabat et auquel participent 10 pays du pourtour méditerranéen?
Abdelkrim Belguendouz : C’est une conception géostratégique initiée, lors des années 1980, par l’ancien Président français, François Mitterand. Celui-ci a estimé que les pays partenaires de l’Union européenne (UE) ont besoin d’entretenir un dialogue plus rapproché avec certains Etats membres de l’UE. D’où l’idée de créer une enceinte pour un dialogue informel au sujet d’un certain nombre de points qui intéressent les deux rives de la Méditerranée. Ce fut l’idée de départ. Les pays d’Europe latine, France, Portugal, Espagne et Italie se voulaient être les défenseurs de la cause des pays maghrébins. Depuis, les problèmes à l’intérieur même des pays maghrébins, notamment avec les troubles en Algérie et l’affaire Lockerbie pour la Libye, ont paralysé cette initiative. Depuis deux ans, environ, les choses semblent reprendre.
En quoi ce dialogue peut-il aider à résoudre les problèmes de l’immigration clandestine, du terrorisme et du trafic de drogue?
Je pense qu’il ne faut pas opérer de confusion entre ces trois aspects. Tout émigrant, même s’il n’est pas en situation régulière dans un pays donné, n’est pas essentiellement un terroriste potentiel ou un trafiquant de drogue. Cette confusion apparaît également dans l’esprit des Européens qui ont une fâcheuse tendance à privilégier le côté sécuritaire quand ils traitent des affaires de migration. Ils mettent essentiellement l’accent sur des notions comme le contrôle des flux migratoires, la fermeture graduelle des frontières et le durcissement des conditions d’obtention des visas.
Cet état d’esprit est également présent lors du Dialogue 5+5?
Ce qui est sûr, c’est que les Européens vont tenir compte de l’évolution des autres réunions du Dialogue 5+5 et de la réalité politique chez eux et les positions de l’Union européenne. Même si chacun des pays européens a sa propre approche, tous tiendront compte de la position commune de l’Union. Pour ce qui est des pays de la rive sud, on se demande s’ils ont une position commune, ou même une réflexion commune. Personnellement, je ne suis pas au courant qu’une réunion de concertation a eu lieu entre les pays maghrébins pour la préparation du Dialogue 5+5.
Vous voulez dire que les Etats maghrébins ne prennent-ils pas le sujet au sérieux?
Ce Dialogue 5+5 est une occasion de réflexion sur des thèmes divers. Cette fois, c’est celui des migrations qui a été choisi. Je ne peux pas me prononcer sur le sérieux des pays, mais ce dont je suis sûr, c’est que les pays maghrébins n’en profitent pas pour en faire un rendez-vous d’un large débat. Je ne sais pas à l’heure où je vous parle les revendications du Maroc ni ses réactions sur le problème de la réadmission par exemple.
Mais quel est le gain pour le Maroc et les autres pays maghrébins de participer à ce genre de réunions?
En fait, discuter du problème de l’émigration de manière régionalisée est une bonne chose. Cela permet d’échanger les idées, de partager les expériences et de faire des propositions concrètes. Mais le problème de l’immigration clandestine est étroitement lié à la coopération sud-sud. Le Maroc est aussi une terre de transit de candidats qui passent par l’Algérie et par d’autres pays africains. Ce Dialogue 5+5 aurait été beaucoup plus intéressant si une concertation préalable avait eu lieu entre les pays du sud. Même chose si nous connaissions les positions du Maroc sur l’accord de réadmission qui consiste à jouer le rôle de gendarme de l’Europe.
En quoi, alors, le Dialogue 5+5 peut-il être bénéfique pour le Maroc?
Ce qui est vrai pour le Maroc l’est également pour les autres pays du Maghreb. S’ils associent dans cette réflexion leurs sociétés civiles, les chercheurs, les associations d’immigration, les journalistes, nous pourrons atteindre des résultats positifs. Sinon, le Dialogue 5+5 serait tout simplement un autre chaînon du dialogue qu’entretient l’UE avec les pays du Magherb. En parlant d’efficacité, il s’est avéré dans la réalité que les pays européens qui sont censés défendre les intérêts de leurs partenaires maghrébins sont leurs premiers adversaires. C’est le cas de l’Espagne en matière d’immigration ou sur le volet agricole.

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