Drame de Tindouf : que justice soit faite

Drame de Tindouf : que justice soit faite

"Aujourd’hui Le Maroc" a rencontré, samedi dernier à Rabat, quatre anciens prisonniers militaires marocains de Tindouf, un échantillon représentatif des 404 militaires libérés en août dernier grâce à de fortes pressions américaines.
Jeudi 18 août 2005 : le séparatiste en chef, Mohamed Abdelaziz, tient un micro à la main et s’adresse aux 404 prisonniers marocains qui s’apprêtent, sous un soleil de plomb, à monter à bord d’avions militaires américains qui les conduiront à Agadir, et ce, après des années et des années d’emprisonnement. Physiquement et moralement très altérés, ces prisonniers n’écoutent pas ce que Mohamed El Marrakchi débite. Certains d’entre eux commencent même à somnoler. D’autres, plus attentifs, remarquent que l’intonation de la voix d’Abdelaziz El Marrakchi est bizarre. "On aurait dit qu’il voulait vomir toutes ses tripes", commente le soldat Abdelaziz Ihlihel, 2ème classe, fait prisonnier le 8 novembre 1989 (Bataille d’Amgala), alors qu’il était blessé à la poitrine et à la tête. En prêtant un peu plus l’oreille au propos de Mohamed Abdelaziz, certains prisonniers ne peuvent retenir leurs larmes. Le patron des séparatistes les exhorte "à dire du bien du Polisario, une fois de retour au Maroc, car le front n’a aucun problème avec les prisonniers, mais avec le régime marocain". Cette phrase a l’effet d’une bombe, "nous n’avons pas pu nous empêcher de remémorer tout le film de notre détention, dès le premier jour, la première heure, la première minute", assure le caporal-chef El Houssine Hmimou, arrêté également à Amgala.
Comment Mohamed Abdelaziz ose dire que "le Polisario n’a pas de problème avec les prisonniers ?", s’insurge le caporal Bouâazza Naciri, un autre rescapé des camps de la mort. Des camps dignes des Goulags staliniens, gérés d’une main de fer par les militaires algériens.
En fait, les témoignages des prisonniers, tous, sans aucune exception, prouvent que les militaires algériens et les chefs du Polisario vouaient une haine viscérale et animale à tous les Marocains, à commencer par ceux qu’ils avaient sous la main : les prisonniers.
El Harti Rachid, un soldat fait prisonnier alors qu’il gisait au sol, une balle dans le dos, à El Haouza le 18 août 1988. Malgré sa blessure, qui pouvait lui coûter la vie, il se rappelle avec moult détails le traitement qui lui a été réservé. Grâce à un physique de titan, et la bienveillance des médecins marocains, des prisonniers eux-aussi, Rachid El Harti a pu survivre.
A ce titre, notons que les prisonniers marocains, civils et militaires, tiennent systématiquement à rendre un vibrant hommage à trois de leurs codétenus. Il s’agit des trois médecins, le médecin lieutenant Dr. Mohamed Asefsa, le médecin lieutenant Dr. Khmamouch, et le médecin appelé (un civil) Dr. Azzedine Benmansour. Grâce à l’effort de ces trois hommes, qui ont fait preuve d’un courage surhumain, pratiquement aucun prisonnier marocain n’aurait survécu aux camps de concentration algéro-polisariens.
"Dès notre détention, assure le soldat Abdelaziz Ihlihel, on nous conduit à Rabouni". Les prisonniers sont immédiatement soumis à un interrogatoire musclé, avec à la clef une salve de gifles, de coups de pieds et de matraques. Les interrogatoires sont dirigés, exclusivement, par des officiers algériens. Les renseignements militaires algériens veulent tout savoir : le type d’armement que nous utilisons, nos effectifs, l’emplacement de nos troupes, les soldes des militaires, etc. "Les questions des officiers algériens portent également sur les conditions de vie au Maroc", explique Hmimou El Houssine. Ils ont voulu savoir comment la gendarmerie royale se comporte avec la population, si nous avions une télévision couleur ou blanc et noir, si nous étions mariés et ils vont même jusqu’à vouloir savoir si nos épouses étaient belles, en nous lançant : "Vous avez laissé vos femmes au Maroc pour qu’elles se prostituent !". Bref, tout était fait pour briser le moral de ces prisonniers et semer le doute dans leur esprit, dès les premières minutes de la détention.
Et la suite allait être encore plus atroce. Affamés, torturés pour un rien, parfois jusqu’à la mort, les prisonniers étaient de véritables défouloirs pour les polisariens.
Juste après l’interrogatoire qui durait de très longues heures, les prisonniers étaient conduits vers un centre de formation pour jeunes soldats. "On nous présentait comme des ennemis à abattre, les assassins de ces apprentis mercenaires qui se ruaient immédiatement sur nous à coup de brodequins en guise de préparation à la véritable guerre qu’ils espéraient livrer au Maroc", raconte le caporal Bouaâzza Naciri. Et d’ajouter : "Lors de notre détention, nous pouvions tout supporter, la faim, la torture, les maladies de tout genre qui nous rongeaient la santé, la souffrance de voir nos amis mourir les uns après les autres. Nous avions même bu notre urine pour ne pas mourir de soif. Mais ce qui était le plus insupportable, ce qui nous blessait au plus profond de nous-même, c’est lorsque de jeunes soldats du Polisario nous obligeaient à ouvrir la bouche pour qu’ils nous crachent dedans".
Ceux qui tentaient de s’évader de ces camps de la mort étaient rapidement traqués par des hélicoptères et des véhicules de l’armée algérienne. C’est le cas de Hmimou Lhoussine qui a tenté de s’évader, deux mois seulement après sa capture, avec quatre autres de ses co-détenus. Une fois rattrapés par les militaires algériens, ils furent sauvagement torturés puis livrés, dans des sacs, aux séparatistes qui leur réservaient un accueil particulier. En présence d’officiers algériens, l’un des soldats évadés, Talha, a été tué à coups de matraques sur une plaie ouverte en plein crâne. Quant à Hmimou Lhoussine, il fut enfermé dans une minuscule cellule de 50 centimètres carrés, pendant six mois. En sortant de cette cage, Hmimou Lhoussine ne pouvait plus se tenir debout. Pour se déplacer, il devait carrément ramper. Grâce aux efforts des trois médecins marocains détenus à Tindouf, Hmimou Lhoussine a retrouvé l’usage de ses jambes.
Lors d’une épidémie du choléra, qui a touché des camps, les prisonniers n’ont eu droit à aucun vaccin. Et pourtant, aucun d’eux n’a été affecté par la maladie. "Une protection divine", disent tous les anciens détenus.
Au fil d’années, les prisonniers marocains sont devenus un véritable réservoir de main- d’œuvre, gratuite, mais facturée à coup de millions de dollars à des associations complices espagnoles (basques et catalanes essentiellement), italiennes et surtout à ECHO, le département de la commission européenne chargé de l’aide humanitaire. "Des responsables de cet organisme et de beaucoup d’autres savaient très bien qu’il n’y a pas un seul mur dans les camps du Polisario qui n’a pas été construit par les prisonniers marocains", lance Rachid El Harti. Et pourtant, ces associations laissaient faire en versant des millions d’euros au Polisario pour le paiement de la main-d’œuvre, des sommes astronomiques qui atterrissaient systématiquement dans les poches des grands responsables du Polisario.
A chaque fois qu’un étranger venait dans les camps, les prisonniers savaient qu’il était acquis à la cause des séparatistes. Ces derniers les offraient en spectacle à ces Européens, armés d’appareils photos. Les camps de la honte se transformaient rapidement en un safari pour Européens en mal d’aventures et de sensations fortes.
Les prisonniers marocains rencontrés par ALM souhaitent une seule chose : voir, un jour, leurs tortionnaires payer pour leurs crimes. Il s’agit de Mohamed Abdelaziz, Oueld Akik (directeur de la sécurité militaire, son adjoint M’barek Oueld Khouna, M’hamed Oueld Khadda (coordinateur avec la Minurso), Oueld El Bouhali (ministre de la défense), Brahim Ghali (ambassadeur à Madrid), Khalihanna Oueld Moussa (responsable sécuritaire), Omar Oueld Ali Bouya (chef de centre de détention), Abdelmounaïm Hakim (responsable sécuritaire), Mohamed Oueld Nafaâ (responsable de l’exploitation des prisonniers dans les projets d’habitat), Mohamed Fadel (responsable sécuritaire), Souidi (chef de la gendarmerie), El Batal (chef de guerre, tortionnaire, assassin d’enfants), Othmane Lakhel (assassin du lieutenant Mazoune)… La liste n’est pas exhaustive.

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