Driss Benhima met en perspective les principaux dossiers de la RAM

Driss Benhima met en perspective les principaux dossiers de la RAM

ALM : Au moment où la RAM tient son conseil, comment s’est déroulée votre année 2008 ?
Driss Benhima : Vous comprendrez que la primeur des chiffres soit réservée au conseil mais je peux déjà dire que l’exercice 2008, clôturé comme beaucoup de compagnies aériennes au 31 octobre, a vu la RAM résister à de nombreuses difficultés. Quelques jours après la clôture de l’année, je ne pourrai donner aux administrateurs que des chiffres provisoires, mais ils sont encourageants, je peux même dire inespérés: malgré l’augmentation des charges carburant de
925 MDH et la stabilité des tarifs due à une concurrence de plus en plus présente, le résultat opérationnel reste positif ainsi que le résultat net. Nous avons senti le poids de la concurrence et le début de contraction du trafic aérien, la croissance du trafic n’est que de 6% environ. Le mouvement de contestation, lancé par l’association des pilotes, quoique totalement inopportun et stérile, a duré six mois et nous a coûté
60 MDH. Sans les mesures prises par la direction, ce mouvement irresponsable aurait pu coûter encore plus cher et menacer la survie même de la compagnie. Il a tout de même fortement impacté la productivité des avions et pénalisé la ponctualité et l’image de la compagnie. Heureusement que la perspective de la privatisation ait donné à une majorité silencieuse de pilotes le prétexte d’un retour à la normale.

Justement, la RAM est à la recherche d’un partenaire industriel international dans le cadre de sa privatisation. Comment la compagnie se prépare-t-elle à cette opération ?
Comme vous le savez, c’est l’Etat, actionnaire, qui décide du schéma et des modalités de privatisation d’une entreprise publique. Ce n’est pas au management de cette entreprise de le faire. Nous ne sommes donc pas à la recherche d’un partenaire. Royal Air Maroc adhère totalement aux orientations du gouvernement. Elle est disposée à accompagner les pouvoirs publics dans le lancement et la mise en œuvre de ce projet majeur, en y apportant les compétences et l’expertise de ses équipes. Ensuite, nous faisons confiance aux pouvoirs publics. Nous sommes persuadés qu’ils opteront pour le schéma le plus à même de faire de l’ouverture du capital de Royal Air Maroc  un moyen de dynamisation et de modernisation de la compagnie avec de nouvelles perspectives de croissance et de développement.

Air Sénégal International traverse des difficultés financières, techniques et même gestionnelles. Quelles sont aujourd’hui vos relations avec la partie sénégalaise ?
Il y a un peu de Up and Down dans ces relations: le dernier Conseil d’administration d’Air Sénégal International où siègent des représentants de l’Etat du Sénégal  avait  salué l’appui constant apporté par Royal Air Maroc à la continuité de l’exploitation de sa filiale sénégalaise par la mise à disposition de deux avions qui sont venus renforcer la flotte d’Air Sénégal International à l’automne 2008, en remplacement de deux B 737-700,  en fin de location. Ces deux avions ont été transférés dans les délais annoncés. Par contre, le retrait inattendu et inexplicable de l’opération du pèlerinage à notre filiale, après l’avoir mandatée en bonne et due forme, est un coup dur qui nous oblige à accélérer le plan de redressement avec des à-côtés sociaux délicats. Je note toutefois que l’agence, qui a été choisie à notre place, n’a pas pu honorer ses engagements et que les autorités sénégalaises essayent de nous réintroduire dans cette opération pour sauver ce qui peut l’être. Nous nous mobilisons en ce sens en mettant au-dessus de tout la fraternité maroco-sénégalaise. Royal Air Maroc continue d’apporter son soutien à sa filiale de par sa volonté  de maintenir le partenariat maroco-sénégalais dans le domaine du transport aérien à son niveau le plus élevé. Encore faut-il que cette volonté soit partagée.

Comment envisagez-vous l’avenir avec Air Sénégal International ?
Cette compagnie est aujourd’hui engagée dans une phase de consolidation. Elle doit également réussir la mise en œuvre de son programme de réduction des coûts et l’amélioration de ses performances commerciales. Dans une deuxième phase, la compagnie prévoit  le lancement d’un plan de développement qui se traduira notamment par une progression de l’offre et un élargissement du réseau. Encore faut-il, comme je l’ai dit, que les responsables sénégalais soutiennent la compagnie nationale dont la moitié du capital appartient à l’Etat sénégalais.
 
Votre expérience avec Air Sénégal ne risque-t-elle pas d’entraver votre développement sur le continent africain ?
Il s’est avéré très difficile, dans le cas du Sénégal, qui aurait dû être le plus facile vu la  nature des relations avec ce pays frère, de gérer une compagnie nationale pour le compte de l’état concerné.  Nous ne sommes pas prêts à recommencer une coopération à ce degré d’engagement et d’implication. Par contre, toutes les opérations de partenariat sont les bienvenues.

Sur la scène internationale, la crise financière a affecté plusieurs secteurs dont le tourisme. Quel est l’impact de cette crise sur la RAM ?  
Nous n’avons pas encore ressenti l’impact de cette crise. Nous restons cependant très vigilants. Nous avons des chantiers importants qui sont lancés notamment en matière de réduction des coûts et particulièrement les coûts carburant. Nos marchés sont également en veille pour réagir à toute baisse d’activité. La compagnie  dispose de plusieurs atouts majeurs: elle a su bâtir un «business model» autour du Hub de Casablanca, tirant parti de la situation géographique exceptionnelle de l’aéroport Mohammed V. Royal Air Maroc a également créé une compagnie low cost, opérant un réseau point à point transféré par RAM, qui a créé de nouvelles routes dans le but d’atteindre rapidement une taille critique. En 2007,  le réseau d’Atlas Blue s’est élargi par l’adoption et la création de  nouvelles bases opérationnelles, notamment dans le nord du Maroc, à Tanger et à Nador, complémentaires aux  bases actuelles de Marrakech et Agadir. Royal Air Maroc a également un projet important qu’elle a lancé avec le ministère de l’Equipement et du Transport. Il s’agit de  la création d’une compagnie filiale à bas coût, spécialisée dans le transport régional et domestique. La concrétisation de ce projet permettra au Maroc de disposer d’un instrument  national efficace et viable tout en préservant  les équilibres fondamentaux de la compagnie nationale.

Qu’en est-il du réseau long-courrier ?
Nous renforçons notre réseau long-courrier par la location de deux Boeing 767 supplémentaires, ce qui nous fera une flotte long-courrier d’une dizaine d’avions au début des années 2010, grâce à l’arrivée des appareils extraordinaires que vont être les Boeing 787 Dreamliners, que nous allons être parmi les tout premiers à utiliser. Je suis content de pouvoir vous annoncer que nous avons lancé la modernisation de la cabine du Boeing 767 acheté en 2005 à une compagnie coréenne, et que certains de nos passagers appellent à tort «l’avion chinois». Nous allons ramener l’équipement de cet avion au niveau de confort du Dreamliner. Cela va nous prendre un an et nous prions nos passagers de prendre patience.

Après le ciel ouvert, vous dites que la RAM se heurte aux aéroports fermés. Souhaitez-vous une révision de l’accord d’Open Sky ?
L’accès aux slots dans les aéroports européens peut devenir une véritable barrière à l’entrée pour les compagnies du Sud. Cet accès est très restrictif aujourd’hui. En fait, ce qui est recherché, ce n’est pas la révision de l’accord d’Open Sky mais son application qui soit juste et équitable à tous les acteurs. Nous pensons qu’avec le Statut avancé du Maroc, les choses vont aller dans le bon sens et qu’on pourra bénéficier d’une intégration totale dans le ciel européen avec les droits d’une compagnie européenne.

Les pilotes de la RAM ont décidé de suspendre la grève, en attendant une réponse définitive à leurs revendications. Que feriez-vous pour décrisper la situation ?
À l’issue de la dernière réunion qui a eu lieu avec les représentants des pilotes le 12 octobre 2008, la direction avait remis une feuille de route destinée à faciliter la poursuite des discussions et nous l’avions d’ailleurs annoncé à l’opinion publique. Cette feuille de route comporte d’abord les modalités liées aux conditions de promotion  de nos pilotes en tant que commandants de bord dans les filiales du groupe. Elle indique également les modalités de constitution et de fonctionnement de la commission chargée de la préparation d’un projet de statut pour les pilotes, ainsi que son planning de travail. Nous n’avons à ce jour pas reçu de feed-back sur ces propositions. Depuis, nous avons été informés que les représentants des pilotes, et suite «à la situation actuelle de la compagnie nationale en passe de privatisation», ont décidé de reporter toutes leurs actions de contestation.
On en est là aujourd’hui. Des propositions concrètes sont entre les mains des représentants des pilotes et la direction attend qu’ils approuvent formellement ces propositions pour permettre au dialogue d’avancer. Le comble serait qu’ils nous reprochent de ne pas mettre en œuvre nos propositions alors qu’ils ne les ont même pas approuvées. Ceci étant, si la position de l’association des pilotes est, comme semble l’indiquer leur dernier communiqué, d’ignorer nos propositions et de reporter la poursuite du dialogue social à l’arrivée du «privatiseur», je crois que cela serait dommage.

Que voulez-vous dire au juste ?
En effet, aucun délai n’a été arrêté par le gouvernement pour la privatisation qui risque de demander beaucoup de temps. D’autre part, la gestion des pilotes se fait actuellement sur la base d’une série de protocoles d’accords, souvent ambigus et incohérents, parfois inappliqués ou abusivement interprétés. Il vaut mieux préparer, avant l’arrivée du futur repreneur, un véritable règlement intérieur qui établisse définitivement les acquis et les devoirs des pilotes RAM qui soit un document à caractère légal, issu d’une vraie discussion et non d’une succession de rapports de force. Je le répète encore une fois, la direction continue à tendre la main au dialogue, encore faut-il qu’il y ait une autre main pour la saisir. Le dédain exprimé jusqu’ici par l’association des pilotes à nos propositions ne va pas dans le bon sens.

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