Driss Jettou : Les leçons d’une nomination surprise

Nous sommes le mercredi 9 octobre 2002. Date fatidique pour certains partis politique. L’heure de la nomination du Premier ministre a sonné. Une date d’autant plus importante qu’elle fait suite à un gouvernement d’alternance, sous Abderahmane Youssoufi, porteur de tous les espoirs, mais dont on ne retiendra de son passage que peu de changements réels.
Quelque temps avant la date précitée, le temps est à l’agitation, et dans tous les sens. On parlait à l’époque d’un Premier ministre qui serait issu de la majorité des élections législatives du 27 septembre de la même année. Des élections marquées, par ailleurs, par la montée en puissance des islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD), qui s’en sont trouvés (42 sièges) troisième force politique du pays.
Les partis dits traditionnels, à commencer par l’USFP (50 sièges) et l’Istiqlal (48 sièges), et malgré les résultats positifs qu’ils avaient emportés, n’en étaient pas moins en perte de vitesse. Une perte de vitesse qu’a renforcée la véritable course aux postes ministériaux et la polémique suscitée quant au choix du Premier ministre. On parlait alors de deux favoris : Youssoufi et son éventuelle reconduction et Abass El Fassi, chef du Parti de l’Istiqlal. Contrairement à celui qui allait, à la surprise presque générale, devenir Premier ministre, ce sont ces deux personnalités qui avaient la faveur des pronostics. Entre-temps, Le divorce était consommé entre l’USFP et l’Istiqlal et la guerre faisait rage dans les deux camps. Alors que les supputations allaient bon train sur le fait de savoir qui de l’USFP ou de l’Istiqlal allait diriger le nouveau gouvernement et alors qu’un Conseil des ministres s’était tenu à Marrakech, le même mercredi à la mi-journée, sans apporter de réponse à la question ; l’information tombait tout à coup : Driss Jettou est nommé Premier ministre Ministre de l’Intérieur à l’époque, et de par sa qualité de « gestionnaire », technocrate et qui plus est sans appartenance politique, Jettou n’avait droit de cité en tant que Premier ministrable qu’auprès de quelques organes de presse. C’est pourtant vers ce gestionnaire d’alors 57 ans que le choix du S.M Mohammed VI s’est porté. C’était la solution de déblocage. Il a l’avantage d’offrir un nouveau départ aux protagonistes. L’objectif étant d’avoir un gouvernement fort qui mène à leur terme les travaux des grands chantiers. Mais la surprise est totale. D’aucuns s’attendaient à un chef de gouvernement choisi parmi les dirigeants des grands partis.
Cette nomination marque ainsi un certain discrédit vis-à-vis des partis traditionnels, notamment l’USFP, qui n’ont pas su gérer l’avancée des islamistes. Pis, le PJD n’avait alors présenté des candidats que dans 56 circonscriptions sur les 91 que compte le pays…afin d’éviter un raz-de-marée. Le parti d’Abderrahmane Youssoufi n’a à l’époque nullement caché son mécontentement. Tout comme le PJD qui qualifie cette nomination de « recul démocratique ».
Ce qui est cependant certain, c’est que de Youssoufi à Jettou, on est passé de l’option politique à l’option techno-politique. C’est dire qu’il n’y a eu d’alternance qu’au niveau de la Primature. Un nouveau départ s’imposait pour les plus grandes formations politiques. Un départ qui attend toujours son heure.

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