Drogue : La baronne a rejoint le baron

On l’avait couvert de tous les qualificatifs. La baronne de la drogue était l’un des sobriquets les plus usités. Mais la plus représentative des désignations faisait référence à un énergumène de son acabit. On la surnommait allègrement le Mounir Erramach au féminin. Toutes proportions gardées, bien entendu, l’une et l’autre ne jouant pas du même violon. Cependant, plusieurs points de similitude les unissent. Tous deux avaient réussi à défrayer la chronique, à faire couler beaucoup d’encre et à alimenter les plus vives des discussions.
Tous deux, également, ont entraîné dans leur chute plusieurs gros légumes. Le cas de Mounir Erramach reste, cependant, plus édifiant en matière de magouilles. Des magouilles qui ont éclaboussé des personnages des plus hautes sphères de l’administration. Magistrats, hauts fonctionnaires de l’État, des douanes, de la gendarmerie royale et de la police, tout le monde a eu sa dose. Pour ainsi dire.
Tout avait commencé lorsque deux bandes, qui semblent ne pas trop s’apprécier mutuellement, se retrouvent nez à nez dans un night-club. L’animosité entre les deux «cartels» serait animée par un détournement de marchandise hautement dopante. Le face à face ne pouvait que dégénérer. La bagarre éclate. Après en être venu aux mains, les deux clans décidèrent de faire parler leurs armes à feu. Une première dans les annales de la guerre des gangs au Maroc. L’affaire a vite fait l’effet d’une traînée de poudre. Il fallait agir, et vite. Rapidement, les belligérants se retrouvent sous les verrous. Mounir passe à table, des têtes tombent, et pas n’importe lesquelles. L’appât du gain peut pousser certains responsables à outrepasser les lois qu’ils sont censés faire respecter. L’argent peut même faire vendre père et mère, pourvu de forcer sur la mise.
Les procès s’enchaînent, les têtes continuent de tomber, on se jette la balle, on nie, on réfute, on crie à la machination, rien n’y fait. Au bout du compte, la main de la justice passera au-dessus de tout ce beau monde.
Les verdicts tombent, lourds, calamiteux, abominables, certes, mais il ne fallait pas chercher à y être exposé. Mounir Erramach est condamné à vingt ans de prison et à verser une somme globale de 3.599.587.000 DH. Rarement une sentence aura atteint ces dimensions. Il faut dire que le préjudice causé par de tels réseaux atteint des dimensions incommensurables. Le cas de Fatiha dite «Jeblia» suscite, lui aussi, beaucoup d’intérêt. Cette femme qui a été introduite dans le trafic de drogue à l’issue de l’arrestation de mari, trafiquant de son état, aura brillé mieux que ce dernier. Dès lors, en bonne épouse, elle décida de faire fructifier le business de son époux. Elle s’avéra être meilleure distributrice, entretenant de meilleures relations avec les revendeurs et opérant en toute discrétion.
La famille s’agrandissait à vue d’oeil, mais des années durant, elle était dans le collimateur de la police, sans que celle-ci parvienne à lui mettre le grappin dessus. Son secret, elle opérait dans l’ombre, elle était quasi-invisible, impalpable et inapprochable, sans domicile fixe ni autres coordonnées quelles qu’elles soient. Comme son frère d’arme, Mounir, elle tira profit du pouvoir des gros billets pour adoucir la rigueur de certains responsables de l’autorité.

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