Duel serré pour un perchoir

Le deuxième tour de table des tractations en vue de la formation du futur gouvernement va se jouer certainement sur le terrain parlementaire. À l’occasion de l’élection du président de la première Chambre. Les candidats les plus en vue qui sont en lice : le leader de l’Istiqlal Abbas El Fassi ou Moulay M’Hamed Khalifa et Abdelouahed Radi qui souhaite succéder à lui-même.
Le vote des députés pour l’un ou l’autre aura sans doute un sens dans la mesure où il dessinerait l’ossature du cabinet de Driss Jettou. Une manière de permettre aux différents partis pressentis de reformuler leurs alliances et de revoir leur positionnement.
Aux dernières nouvelles, le scénario en vogue serait que l’USFP reconquiert le perchoir. Ce qui signifie que le parti de Abderrahmane Youssoufi participerait au gouvernement. Cette donne pourrait signifier aussi la reconduction gouvernementale de la coalition sortante. Dans ce cas de figure, le PJD, tout comme le MP, n’aurait de place autre que dans l’opposition.
Cependant, certains observateurs croient toujours déceler dans la nomination de Driss Jettou au poste de Premier ministre un signal significatif : faire entrer les islamistes dans le jeu gouvernemental avec comme arrière-pensée de les impliquer tant qu’ils ne sont pas encore très forts. Cinq ans encore d’opposition et le PJD raflerait la mise en 2007 en devenant la première force politique du pays. Cette crainte est présente dans tous les esprits.
Et si l’USFP mettait de l’eau dans son vin en acceptant de siéger dans le gouvernement aux côtés du PJD ? Après tout, cette combinaison semble vraisemblable.
Du moment que le chef du gouvernement est sans appartenance politique et réputé pour son sens du consensus, il prendra sur lui d’arbitrer entre les deux partis en cas de différend. La cohabitation PJD-USFP aurait été moins envisageable et même exclue si la primature était revenue à l’USFP. C’est peut-être ce qui explique, en partie, que le Premier ministre n’ait pas été choisi comme attendu parmi les rangs de l’USFP. « Nous n’avons rien contre l’USFP. C’est un parti national qui a son poids », explique Saâd Eddine Al Othmani. Le numéro 2 du PJD, homme de tact et de doigté, ajoute : « Notre souci en tant que parti, c’est d’arriver à un parti homogène dont les membres ne se tirent pas dans les pattes comme ce fut le cas du précédent gouvernement. L’opposition doit se faire dans le Parlement ».
M. Al Othmani fait-il allusion au “soutien critique“ de l’Istiqlal qui a mis à mal la solidarité gouvernementale et agacé Abderrahmane Youssoufi ? Et si l’Istiqlal passait à l’opposition où il retrouverait à ses côtés, outre le l’UC et le PND, ses nouveaux partenaires du MP et du MNP ? Là, nous sommes en face d’un bloc de droite qui a les moyens de se construire autour du parti d’Abbas El Fassi. Quant à l’Union démocratique (UD) de Bouazza Ikken, né de la scission d’avec le mouvement de Aherdane, il a des chances de faire son entrée dans le gouvernement avec le RNI avec lequel il a conclu une alliance électorale secrète.
Partant de là, Driss Jettou serait le meneur de la coalition gouvernementale sortante. À la différence près que le PJD prendrait la place de l’Istiqlal et l’UD celle du MNP. Cette formule, à moins d’un changement de dernière minute, pourrait être confortée par la séance de l’élection du nouveau président du Parlement. Les jeux, eux, semblent déjà faits. Et les cartes gagnantes abattues.

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