Édito : Rapatrier le débat économique

Le plus gros des choix économiques faits par le pays a été effectué en dehors de tout débat. Soit les technocrates ont décidé pour nous, soit nous avons appliqué les consignes des grandes institutions internationales. Soit, et cela a été souvent le cas,  les deux options à la fois. C’est-à-dire les technocrates ont appliqué, à la lettre, pour le compte de la nation, les décisions dictées par le FMI ou la Banque mondiale. Il est vrai que la presse a parfois animé le débat, souvent avec talent, et c’est méritoire, mais cela n’est pas suffisant. C’est pour cela que  l’annonce faite par le Souverain lors du discours de la Fête du Trône de mettre sur pied, assez rapidement, le Conseil économique et social (CES) est non seulement bonne nouvelle  mais une mise en conformité constitutionnelle salutaire qui n’a que trop tardé. Ce qui est attendu du CES, c’est de relever le défi du débat économique et social inexistant chez nous. Les carences multiples et la faible formation de nos parlementaires n’ont, non plus, jamais aidé à l’émergence d’un authentique débat en la matière. Que des forces vives du pays, métiers, corporations, professionnels, secteurs économiques, experts, élites… se retrouvent en un lieu structuré et organisé pour cela, avec une fonction constitutionnelle, est un atout considérable. Eclairer les choix économiques et sociaux  à travers des notes, des documents, des avis et des conseils avisés va apporter, sans aucun doute, de l’air frais au débat économique qui dans notre pays a été très tôt extrait du champ de la démocratie pour être confiné, avec un aplomb et une arrogance remarquables, dans le cénacle exclusif de la technocratie. Les hommes pour animer cette institution existent. Les compétences et le savoir-faire (le know-how) ne manquent pas. Les hommes de talent et d’expérience susceptibles de présider cette institution et de lui donner assez vite ses lettres de noblesse existent également. Un des domaines dans lequel le CES devrait apporter un sang nouveau tellement  la crise est profonde et multiforme est le domaine de la formation. Dans aucun lieu chez nous celle-ci n’est pensée, mise en perspective et formulée en fonction des besoins croissants du pays. Au point où, aujourd’hui, la croissance — faible et fragile — est sérieusement menacée par la carence en ressources humaines qualifiées. Le coût du non débat, de l’absence de prévision et de la carence  de la capacité d’anticipation est énorme. L’on constate bien que l’apport du CES est considérable et que sa vocation est de prendre en charge un volet décisif du débat démocratique sur lequel nous avons enregistré un grand retard.

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