Éditorial : A ciel couvert

Air Horizons plane en plein brouillard. Cette compagnie aérienne, dans la tourmente depuis plusieurs mois déjà, vient de déposer le bilan. Deux de ses avions ont même été bloqués au Maroc. Bref, les zones de turbulences se sont succédées et les appareils ont du mal à effectuer leurs dessertes. Les signaux annonciateurs s’étaient multipliés. Exigence de caution dans les aéroports de la Réunion, bruits de presse en France, incessantes querelles avec les fournisseurs au Maroc et des va- et-vient entre le siège de la compagnie et le tribunal de Commerce de Bobigny.
Bref, ce n’était plus un mystère pour personne qu’Air Horizons était au bord du gouffre. Ni les passagers des deux avions bloqués aux aéroports de Casablanca et d’Agadir dans la nuit du 14 novembre 2005 ni les fournisseurs que sont la Royal Air Maroc et l’Office national des aéroports ne peuvent invoquer le bénéfice de la surprise tellement c’était saillant. Peut-être les autorités marocaines, en particulier celles chargées de la régulation du transport étaient les seules dans le monde de l’aérien à ignorer que la compagnie de Raymond Lakah était en difficulté. Pourtant, pour une fois, la presse n’a pas été avare en commentaires sur l’homme franco-égyptien qui, au moment où il perd de l’altitude avec Air Horizons, se renforce dans une autre compagnie.
Star Airlines va-t-elle hériter du fonds de commerce d’Air Horizons, va-t-elle reprendre cette licence du régulier au nez et à la barbe des fournisseurs ? C’est l’enjeu de ce dépôt de bilan. En attendant, chez les créanciers, les manœuvres ont commencé. Dans un long communiqué, la RAM, pour sa part, explique que la direction d’Air Horizons a émis un chèque sans provisions de plusieurs centaines de milliers d’euros en sa faveur.
Quant à l’ONDA, l’ardoise laissée par la compagnie française n’est pas aussi salée. Ce crash financier n’est pas sans rappeler une kyrielle de faillites qui, durant ces quatre dernières années, ont ébranlé le microcosme aéronautique de l’Hexagone. Cette déconfiture d’Air Horizons a mis le ministère des Transports mal à l’aise. Voici une compagnie aérienne qui desservait le Maroc depuis un peu moins de deux années mais qui n’a pu remplir sa part du contrat faute d’argent. Une question taraude l’esprit de plus d’un professionnel, quels sont les critères pour l’obtention de ces licences ? Est-il nécessaire de disposer de cautions bancaires réelles où de simples jeux de signatures suffisent en guise de garantie ? Faut-il disposer de ses propres avions pour desservir les grandes villes du Royaume où le simple fait d’affréter quelques appareils volants fait l’affaire ? Cette affaire, somme toute prévisible, montre qu’une révision de la procédure d’octroi des licences du régulier est à revoir. Libérer le ciel oui, mais pas à n’importe quel prix.

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