Éditorial : Archaïsmes

Une provocation de plus de la part d’Ahmed Raïssouni. Le patron du Mouvement unicité et réforme (MUR) et directeur de la publication du quotidien arabophone «Attajdid» a dénoncé pêle-mêle, dans son éditorial paru mardi dernier, les festivals de musique organisés au Maroc comme étant un “repaire de débauche et d’obsession sexuelle“. Rien que ça.
Une attaque frontale contre la vie culturelle nationale, telle qu’elle s’exprime et se décline, qui ne trouve pas apparemment grâce aux yeux du gardien du temple idéologique du PJD. Ce dernier s’est cru autorisé au nom de l’on ne sait quelle logique de s’en prendre à des manifestations qui contribuent à l’animation culturelle du pays et à son rayonnement régional et international. En quoi un festival comme celui des musiques sacrées de Fès par exemple dérange M. Raïssouni ? En brocardant ce qu’il appelle les “marchands de la modernité“, il a réussi à montrer au grand jour qu’il est un fervent défenseur de l’obscurité pour ne pas dire de l’obscurantisme ? Une chose est sûre: l’intéressé, tout à son ressentiment contre tout ce qui ne cadre pas avec sa vision, rêve d’un Maroc qui ressemblerait à une citadelle recroquevillée sur elle-même, complètement cadenassée et sans aucune ouverture sur l’extérieur ? Est-ce ce Maroc-là pour lequel milite Ahmed Raïssouni et ses amis islamistes ? En tout cas, la diabolisation des festivals par le fondateur du MUR et gourou du PJD donne encore une fois un avant-goût des arrières-pensées des islamistes marocains légalisés.
Les derniers assauts d’amabilité et de modération dont a fait récemment preuve le PJD à la faveur de l’avènement de Saâd Eddine Al Othmani à la tête du parti ne trompent que ceux qui veulent l’être. Le MUR veille au grain, poursuivant des objectifs souterrains dans un partage des rôles (entre le PJD et le Mur) presque parfait. Par Attajdid interposé, les amis de M. Al Othmani continuent en effet à jouer une partition à rebrousse-poil des apparences affichées. Tout le reste n’est que leurre et duplicité.
Après s’être attaqué à l’institution du commandeur des croyants dans un entretien qu’il a accordé à notre journal quelques jours avant les attentats terroristes du 16 mai ( ce qui lui a valu d’être vertement sermonné et d’adopter un profil bas), voilà Ahmed Raïssouni qui s’enhardit à déverser son fiel contre le patrimoine culturel du pays.
En cela, il est en train d’adopter la stratégie de provocation de son disciple et admirateur qui n’est autre que le député PJD de Casablanca Mustapha Ramid qui s’est mis, lui, en retrait depuis qu’il a compris qu’il est dans le collimateur des pouvoirs publics. Ce n’est pas avec un projet aussi archaïque et rétrograde, nourri de populisme et de hargne, que le Maroc relèvera les défis qui l’assaillent de toutes parts. Le PJD a de nouveau révélé son vrai visage.

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