Éditorial : Au-delà des mots

Surprenante victoire que celle de Abdelaziz Bouteflika à l’issue du scrutin présidentiel du vendredi 9 avril. Avec une performance de 83,5% confirmée par le ministère de l’Intérieur, le vainqueur, qui a amélioré son score de 10 points par rapport à l’élection de 1999, est passé dès le premier tour alors que les observateurs annonçant un duel Bouteflika-Benflis pariaient sur un second tour. M. Bouteflika a démenti tous les pronostics.
Les adversaires de celui qui rempile ainsi pour un second mandat à la tête de l’État algérien ont crié à la fraude électorale. De Ali Benflis à Saïd Saâdi en passant par Abdallah Djaballah, c’est le même cri de coeur. Ils ne se reconnaissent pas dans les résultats officiels. Tandis que les contestataires ont saisi le Conseil constitutionnel, les observateurs étrangers ont, eux, validé le scrutin. Déroutant. En Kabylie, région hostile au président sortant, celui-ci est venu étrangement en tête là où il était logique qu’il soit sanctionné. M. Bouteflika a contourné tous les obstacles.
En tout cas, si sa performance électorale a un sens, elle indique qu’il est populaire dans son pays n’en déplaise à ses rivaux qui l’accusent d’avoir manipulé les résultats des urnes. Si cette réélection a un sens, elle montre aussi que les électeurs, à en juger par les maigres suffrages ont obtenus par les adversaires de Bouteflika, se sont limités à sanctionner ces derniers. Ce sont les particularités du scrutin présidentiel à l’algérienne.
Abdelaziz Bouteflika a voulu un deuxième mandat. Il l’a obtenu. Vers la fin de la campagne électorale, il a dit que le “président est élu à une majorité écrasante ou il rentre chez lui“. Les dieux des urnes ont apparemment exaucé son voeu à moins que la population n’ait préféré reconduire le président sortant jugeant que les autres candidats ne font pas le poids. Abdelaziz Bouteflika par défaut.
Ce dernier pourrait également avoir profité du fait que l’armée ait cherché à le discréditer notamment par le truchement de deux livres incendiaires, l’un écrit par le général à la retraire Khaled Nezzar et l’autre par le directeur du journal “Le Matin”, Mohamed Benchicou. M. Bouteflika, loin de capituler face à ses détracteurs, a haussé le ton en s’en prenant à plusieurs reprises à l’institution militaire. La contre-attaque de Bouteflika fut certainement assimilée à une marque de courage dans un pays où l’armée a la réputation de faire et de défaire tout, y compris les présidents. C’est ce qui lui a valu peut-être un large mouvement de sympathie qui s’est traduit dans les urnes.
Au-delà du scepticisme qui entoure sa réélection, Abdelaziz Bouteflika est appelé à s’atteler au travail. Sur le plan interne, il doit inscrire son nouveau mandat sous le signe du changement économique et social par la restauration de l’espoir chez les laissés pour compte en utilisant à bon escient la richesse pétrolière et gazière. Maintenant qu’il a fait la preuve de son affranchissement de la tutelle militaire, le chef de l’État algérien pourra-t-il aller au-delà des mots pour agir dans les faits en vue de normaliser les relations de son pays avec ses voisins ?

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