Éditorial : Bonnes à tout faire

Une jolie femme marocaine de 23 ans a émigré en août dernier aux Emirats Arabes unis par l’intermédiaire d’un courtier émirati pour y travailler en tant que femme de ménage chez le fils d’un riche homme d’affaires de Sharjah du nom de Al Massaoud.
Native de Tan Tan, Hanane Zemrani, toute contente de pouvoir aider sa famille démunie restée à Marrakech, n’aura cependant pas le temps de toucher son premier salaire : elle trouvera la mort moins d’un mois plus tard dans des circonstances sujettes à caution. Deux versions officielles contradictoires concernant le lieu du décès seront avancées. Au début, noyade lors d’une baignade en mer puis dans la piscine de son employeur. Déjà le doute s’installe. En outre, la victime, de l’avis de ses parents, est une excellente nageuse. Mais la police locale privilégiera la thèse de la noyade sans faire d’autopsie ni d’enquête. Dossier clos. S’agit-il d’un assassinat maquillé en accident comme le croit la famille de la défunte qui réclame que soient éclaircies les circonstances de la mort de Hanane ? L’affaire en est restée là. Du moins pour le moment.
Cette histoire dégage des relents malsains. Tout laisse à penser que la victime a été attirée par la promesse d’un salaire confortable entre 15.000 et 20.000 Dhs comme femme de ménage. Or, c’est trop surpayé pour un travail pareil dans les pays du Golfe où cette corvée est assurée généralement dans des conditions d’intense exploitation contre des misères (entre 60 et100 dollars par mois) par des femmes issues du Bangladesh, d’Inde et du Pakistan.
Hanane Zemrani a-t-elle été recrutée avec un traitement élevé pour être une bonne à tout faire, chose qu’elle a refusée et entraînée sa mort ? En tout cas, le drame de cette femme remet au goût de l’actualité le problème de la main-d’oeuvre à destination des pays du Golfe et les filières empruntées, souvent détournées, pour y exporter de jeunes filles marocaines. En effet, les méthodes d’embauche adoptées par les sergents-recruteurs se déroulent en dehors de la loi marocaine. Ces derniers débarquent au pays comme en terrain conquis et emmènent autant de candidates au travail qu’ils veulent sans passer par le ministère de l’Emploi. Car le recours à ce dernier les obligerait à garantir les droits de leurs recrues : contrat de travail-type en bonne et due forme, assurance-maladie, congés, droits sociaux, etc. C’est ainsi que plusieurs centaines de nos concitoyennes, croyant à la promesse d’un Eldorado qui n’existe pas dans les faits, quittent leur terre natale, munies d’un simple visa du pays d’accueil sans vraiment savoir ce qui les attend sur place où elles se voient d’emblée retirer leur passeport.
Beaucoup de choses ont été écrites sur les abus commis dans ces États arabes contre le personnel domestique étranger. États qui, en dehors du Qatar lequel vient de se doter d’une législation sur le travail, n’ont jamais ratifié les conventions internationales en matière d’emploi.
Il est temps que change cette situation scandaleuse qui ne fait pas honneur aux pays concernés. Il faut que les autorités compétentes du Golfe refusent les embauches de la main-d’oeuvre extérieure qui ne soient pas inscrites dans le cadre de conventions bilatérales en la matière. C’est le seul moyen de contrôler les flux de cette émigration et d’assurer des conditions dignes et décentes aux candidats au travail.

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