Éditorial : Boomerang

Avec un monde de plus en plus unipolaire en faveur de la puissance et de la suprématie américaines, il est tout à fait normal que les États-Unis ne puissent laisser personne indifférent. Ce pays qui est présent dans les plus infimes détails de la vie quotidienne des gens aux quatre coins du monde, via ses produits, ses «valeurs», sa propagande, ses images et sa surpuissance ne devrait pas s’étonner qu’il soit pris à partie, examiné sous toutes les coutures et se voir opposer parfois des sentiments qui peuvent aller jusqu’à la haine la plus explicite.
Le Maroc n’échappe pas à la règle. Vis-à-vis des USA, les Marocains cultivent une relation très ambiguë faite de fascination, de béatitude et d’admiration d’une part, et d’autre part de crainte, de déception et de rejet.
Il est vrai que la suprématie américaine est devenue si prégnante et si étendue qu’elle est interprétée comme la manifestation d’une insolente arrogance, d’une arbitraire injustice et d’une grave infériorisation des autres, de tous les autres. Cette puissance, jamais égalée par un quelconque pays dans l’histoire de l’humanité, est souvent vue comme le résultat d’un certain nombre de pratiques qui contredisent les «valeurs» dont se réclament les Etats-Unis et au nom desquelles ils commettent beaucoup de forfaits.
Vue du Maroc, un pays arabo-musulman naturellement solidaire avec les autres peuples arabo-musulmans et en premier lieu le peuple palestinien victime de la barbarie sioniste et faisant face quotidiennement à l’humiliation et aux exactions des soldats de Sharon, la politique de l’Administration américaine inconditionnellement alignée sur les seuls intérêts d’Israel est très mal reçue et suscite un vaste rejet.
Dans ce même ordre d’idées, la campagne belliciste et agressive que mène la Maison Blanche contre l’Irak dont les populations endurent un état de guerre permanent depuis deux décennies, ne peuvent laisser le peuple marocain indifférent. Partout, dans toutes les catégories de la société, le sentiment anti-américain prospère et dérape sous forme de généralisations abusives et de préjugés de plus en plus irrationnels.
Pourtant, personne ne peut contester le fait que les Marocains attendent beaucoup des USA. Allié historique de Washington, Rabat n’a jamais été aussi disposé à aller de l’avant dans une coopération multiforme et ambitieuse avec les Etats-Unis. Une alliance stratégique qui se décline dans les volets sécuritaire, politique, diplomatique et économique. Elle est aussi naturellement appelée à prospérer compte tenu du rôle de passerelle que peut jouer le Maroc par rapport à la région arabo-musulmane et par rapport à l’Afrique, eu égard à la stabilité du Royaume et à son engagement sur la voie de la démocratie et de la liberté d’entreprendre.
Mais, force est de reconnaître qu’il est très malaisé actuellement d’afficher le moindre sentiment pro-américain, au Maroc comme presque partout dans le monde. De ce point de vue-là, ce seront les Américains, dans leur intérêt propre d’abord, comme dans l’intérêt des centaines de millions de gens dont le destin est lié à l’Amérique, de faire en sorte que leurs dirigeants ne les entraînent pas dans des aventures sans issue. Le choc du 11 septembre a naturellement généré une forme d’autisme et de sentiment de persécution aux USA, mais il devrait aussi agir comme une grande alerte sur un état dangereux des relations de ce grand pays avec le reste du monde.

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