Éditorial : Boule de neige

L’ombre du pacha, de la société émiratie Al Najat, des bateaux de croisière fictifs, de la réalité amère des victimes, vont nous hanter pendant longtemps encore. La plus dure à supporter reste bien sûr la naïveté d’un gouvernement qui a cru à un père Noël ayant agi pourtant à visage découvert.
Certes c’est la direction de l’Anapec qui a tout organisé avec le ministère de tutelle, mais dans cette affaire tout le monde est responsable y compris la clinique Essalam. Ou bien tout ce petit monde a été dupé par un pacha des temps modernes ou bien les intérêts des uns et des autres convergeaient dans une croisière financière des plus douteuses.
À preuve, le virus d’Al Najat vient de frapper de plein fouet l’ex-directeur de la clinique Essalam, Jamil Bahnini, qui se retrouve aujourd’hui derrière les barreaux. Il est accusé par ses pairs d’avoir détourné les recettes des examens médicaux versées par les malheureux candidats. Cette incarcération constitue un véritable rebondissement dans le conflit qui opposait Bahnini à ses anciens actionnaires dans la clinique.
C’est pourtant ce dernier qui avait porté plainte contre ses associés en les accusant de faux , d’usage de faux et d’abus de biens sociaux. Ce qui étonne encore plus c’est que le docteur Bahnini a versé dans les détails en évoquant le versement des chèques non-libellés dans des faux comptes et autres faux en écritures comptables.
Ses amis d’hier lui ont rendu la pareille en l’accusant d’avoir détourné tout l’argent des examens médicaux puisqu’il était le seul responsable de négociation avec la société émiratie. La justice dira son mot sur la culpabilité de chacun des intervenants dans cette affaire rocambolesque. Un scandale politique et financier qui sous d’autres cieux aurait fait tomber des têtes de l’Anapec en passant par la clinique et en arrivant au gouvernement. Car ce n’est pas une mince affaire que d’arnaquer officiellement des dizaines de milliers de Marocains en détresse. On savait que même si le gouvernement tenterait à enterrer cette affaire, il se passerait toujours quelque chose qui réveillerait le vieux démon d’un bateau qui gît au fond de la bêtise humaine. Et le réveil brutal est arrivé par là où on l’on s’attendait le moins, c’est-à-dire suite à un conflit d’intérêts financiers entre le directoire de la clinique Essalam. Comme quoi jamais une injustice ne saurait passer inaperçue même les plus puissants font tout pour la camoufler. La main de Dieu a poussé les docteurs de la fameuse clinique à laver leur linge sale en public en s’accusant mutuellement de détournement et de fraude. Et si aujourd’hui le docteur Bahnini est arrêté et poursuivi par la justice, il n’est pas dit qu’il sera le seul à supporter le fardeau d’une grave dérive politique et financière. Il sera dit surtout que ce rebondissement dans l’affaire Al Najat risque d’aller plus loin puisque la machine judiciaire a été finalement déclenchée. Et s’il y a une certitude, c’est que la mise en examen dépassera les médecins privés pour remonter à des hauts cadres de la fonction publique. La justice est faite pour tout le monde.

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