Éditorial : Caisse et casse

Comment se fait la politique budgétaire de l’État ? Qui en surveille le bon déroulement ? Les procédures légales sont-elles respectées ? Les chiffres macro-économiques annoncés signifient-elles quelque chose au commun des mortels ? Les faiseurs des finances publiques s’en tiennent-ils à un dogme précis en la matière ? Autant de questions qui demeurent sans réponse.
Un événement est venu récemment accentuer cette confusion. Il s’agit de la décision du gouvernement d’émettre en 2005 d’un seul coup des bons du Trésor sur une durée de 20 ans pour la bagatelle de 11 milliards de Dhs destinée à payer les arriérés de l’État envers la Caisse marocaine de retraire (CMR). L’État qui s’endette pour régler ses ardoises ! Cette initiative, prise en plus en dehors de la loi de Finances, n’est pas de nature à plaire aux institutions financières internationales puisqu’elle va aggraver le déficit budgétaire du pays et partant mettre en péril les grands équilibres. On aurait aimé au demeurant que cette manne extraordinaire, l’équivalent des recettes de la première licence GSM, aille plutôt à des projets d’investissements ou aux infrastructures où le pays accuse un déficit énorme. Or, tout le monde a esquivé jusqu’ici les questions qui fâchent. Surtout celle-là : qui a mangé l’argent des caisses de retraites alors qu’il faut bien désigner les responsables de la casse.
Mais ainsi va le Maroc : le contribuable, sans moufter paie toujours au prix fort l’incurie de ceux qui sont chargés de la bonne gouvernance financière nationale. Et ce n’est pas fini. L’hémorragie continue… Si le Premier ministre et l’Argentier du Royaume s’amusent à recourir aux bons du Trésor à chaque fois qu’ils doivent combler des trous abyssaux, c’est la faillite assurée.
Le Maroc se dirigerait vers une catastrophe financière qu’on ne le saurait peut-être jamais tant les méthodes pratiquées manquent franchement de rigueur et de clarté et les circuits de l’information économique et financière sont biaisés. Les qualités d’un gouvernement sont jugées à l’aune de sa capacité à créer la richesse et à dynamiser le tissu économique par des investissements productifs. Ce n’est pas vraiment le cas à en juger par ce seul indice : les banques croulent depuis plusieurs années sous les sur- liquidités. Grève de zèle des investisseurs nationaux, panne d’idées ou crise de confiance endémique ? Une équation sérieuse en tout cas qu’il va bien falloir résoudre. Une autre, non moins grave, concerne les ressources de l’État. Certes, celles-ci sont limitées. Mais dans un pays où le “ Je m’en fisc“ et l’évasion des capitaux sont un sport national, quelle solution pour garantir le fonctionnement normal de l’État? Depuis des années, la vente des bijoux de famille aux étrangers a servi comme un sésame pour remplir un peu la tirelire. Mais a-ton pensé au jour, il est proche, où on n’aura plus rien à bazarder ?

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