Éditorial : Calvaire

Ils étaient une quarantaine de personnes, tous des civils, à manifester, hier, devant le siège du ministère de l’Intérieur. Leurs revendications sont simples, précises et facilement réalisables. Ce sont les ex-prisonniers civils du Polisario dont la plupart ont été libérés après avoir passé presque un quart de siècle dans les geôles de Mohamed Abdelaziz et ses acolytes. Un quart de siècle de tortures, de travaux forcés, d’éloignement de la famille et d’humiliation systématique. Un quart de siècle, c’est vingt-cinq ans de calvaire. C’est plus de neuf mille jours passés en tant qu’esclaves des tortionnaires du Polisario forcés à construire les résidences de ces derniers à réparer leurs voitures et à s’occuper de leurs cheptels ou même à laver leur linge.
Mais, durant toutes ces années, ces détenus forts de leur foi inébranlable et de leur patriotisme inaltérable, avaient su garder l’espoir. Aussi, avaient-ils passé les neuf mille nuits de leur détention à rêver du moment de leur retour au pays, des retrouvailles avec leurs familles et de l’accueil que leur réserveront leurs concitoyens. Ils rêvaient aussi de la vie qui les attendait à leur retour. Ils s’imaginaient récompensés pour tout ce qu’ils avaient enduré durant les longues années de détention dans les prisons polisariennes. Ils se disaient qu’à leur retour au pays, ils allaient oublier toutes les années de souffrances et d’humiliation.
Mais, à leur retour, tout ce beau rêve s’est écroulé et leurs espérances se sont effondrées. Une fois que l’émotion des premiers jours qui ont suivi leur retour au pays était passée, ils ont découvert que tout ce à quoi ils s’attendaient n’était que de la rêverie et de l’illusion.
En effet, ils ont été livrés à eux-mêmes. Aucune administration ne s’est préoccupée de leur situation et de leurs besoins et personne ne s’est intéressé de près à leur vie après leur retour au pays. On les a tout simplement laissé chercher eux-mêmes des moyens de subsister  et tenter de refaire leur vie. Or, comment est ce que quelqu’un qui a passé plus de vingt ans de sa vie dans les geôles du Polisario peut-il refaire sa vie sans qu’il soit aidé à le faire ? C’est tout simplement impossible. Alors ne fallait-il pas les prendre en charge ne serait-ce que pour les aider à faire face aux besoins quotidiens ? Certes, certains ont pu obtenir une petite aide de la part du ministère de l’intérieur qui ne dépasse pas les mille Dhs par mois et d’autres ont réussi à décrocher des licences de gardiennage de voitures. Mais, peut-on refaire une vie avec mille Dhs par mois ?
Pourtant, la solution du problème est simple. Elle est entre les mains des gouverneurs et des walis des régions où habite chaque ex-détenu. Ces responsables auraient dû, chacun de son côté, se pencher sur les cas relevant de leur juridiction. Et s’ils l’avaient fait, il n’y aurait pas eu de sit-in devant le ministère de l’Intérieur à Rabat.

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